Il y a 28 ans, le 29 novembre 1987, les premières tentatives d’élections libres, honnêtes et démocratiques ont été noyées dans le sang. A la ruelle Vaillant, la force des armes avait eu raison de la volonté des hommes et femmes qui voulaient simplement exercer leur devoir civique. Depuis, le pays boit la coupe jusqu’à la lie en matière électorale. Elire nos dirigeants politiques dans de bonnes conditions semble être un vœu pieux. Un objectif qui vraisemblablement n’est pas à notre portée. On a beau démobiliser les Forces Armées d’Haïti et les forces paramilitaires ayant organisé le massacre de 1987, cela n’a pas mis fin à notre cauchemar électoral. Sans oublier l’expérience du 16 décembre 1990, on peut dire que nous refusons de fermer la parenthèse du 29 novembre 1987. 28 ans après, le contexte socio-politique a changé, les acteurs ont changé de position ou de poste, mais les velléités de nos dirigeants de se perpétuer au pouvoir, par quels que soit les moyens, restent inchangées. Les victimes et évangélistes de la démocratie d’hier arrivés au timon des affaires aujourd’hui sont incapables de faire mieux que ceux qu’ils dénonçaient en 1987. Devenus présidents de la République, chefs de gouvernement, ministres, membres du Conseil électoral provisoire…ils font tout pour renforcer le statu quo au nom d’une population qu’ils prétendent défendre. Du 29 novembre 1987 au 29 novembre 2015, beaucoup de chose ont changé. Pour preuve, les élections du 25 octobre 2015 se sont déroulées sans effusion de sang. N’est-ce pas un progrès ? La dernière journée électorale n’avait rien à voir avec celle du 29 novembre 1987. Les spécialistes des élections frauduleuses ont compris qu’il n’est plus nécessaire d’utiliser les armes pour empêcher la tenue d’élections libres, honnêtes et démocratiques. Ils ont inventé d’autres méthodes plus sophistiquées. Sauf que les résultats sont les mêmes : le temps, les énergies et les ressources qui pouvaient être mis au service du développement du pays sont utilisés à autre chose. Entre-temps, la pauvreté s’accentue. Trop occupés à se perpétuer au pouvoir, nos dirigeants ne s’en rendent même pas compte. Depuis 1987, nous tentons d’organiser des élections libres, honnêtes et démocratiques, elles sont pourtant de plus en plus démagogiques.