Nous sommes dans l’huile. Sans le savoir. Nous buvons de l’huile, ne vous en rendez-vous pas compte ? Prenons le taux de change, il rend heureux les propriétaires des usines de sous-traitance qui exportent vers l’étranger, reçoivent des devises, mais paient la main-d’œuvre en gourde. A chaque bond du dollar, ils économisent quelques cents, cela leur est bon que la gourde défaille. Tous les opérateurs touristiques font le même calcul. Une gourde dévaluée conforte leur marge. Rend la destination Haïti plus attrayante. Permet aux clients d’avoir un verre de jus moins cher pour les propriétaires d’hôtel ou de restaurant aussi longtemps que les fruits viennent d’Haïti. Chaque récipiendaire d’un transfert est heureux quand la gourde baisse pavillon devant le dollar. Imaginez que cent dollars reçus ce jeudi valaient 5 600 gourdes contre 500 il y a 30 ans. Le parent de Miami peut donc débourser autant et le parent en Haïti recevoir plus de gourdes. Avant de faire le calcul de savoir si avec on peut acheter plus, les 100 dollars n’existent plus. Une sous-traitance attractive devait attirer des investisseurs, créer des centaines de milliers d’emplois. Cela fait plus de dix ans que le pays attend le miracle. De miracle, il n’y en a point. Pour que le tourisme bénéficie au pays, il doit être connecté à la production nationale. C’est tout bénéfice si chaque visiteur consomme un peu d’Haïti pendant sa visite. De production, il n’y en a point. Les transferts explosent depuis vingt ans. La sueur de la diaspora se transforme en milliards dans les poches des parents restés au pays, cela irrigue l’économie. Qu’en faisons-nous ? Nous réexpédions au plus vite vers le marché mondial l’argent qui arrive ici. Commerce et service sont les deux mamelles de l’économie sans pied que nous construisons et qui court après un impossible développement. Comme la société haïtienne n’a ni intérêt commun ni peur commune, nous continuons de prôner la subsistance en lieu et place de la recherche de la croissance. L’intérêt commun nous aurait portés à construire ensemble une société plus forte. Une peur commune aurait le même effet. En espérant ou en résistant ensemble, une société s'offre de puissants moteurs.