La surprise est de taille. Nous sommes sortis depuis le mercredi 16 décembre de la ronde des rumeurs pour entrer dans le monde des accusations étayées par des preuves. Ce n’est certes pas un procès, mais il y a matière. Il y a surtout l’érosion continue de la confiance dans une institution essentielle : le Conseil électoral. Quand Simon Dieuseul Desras, ancien sénateur de la République, ancien président de l’Assemblée nationale, ancien candidat à la présidence, a débuté sa tournée des médias mercredi matin, on se demandait tous ce qu'il allait encore sortir de ses manches prolifiques. Desras parle et accuse depuis des mois; comme personne ne l’a encore traduit en justice pour diffamation, les médias lui ouvrent antennes et pages. Il en est ainsi dans notre démocratie médiatique. Ce mercredi, Desras a frappé fort. Très vite, les propos de Dieuseul Simon Desras ont été corroborés par un corrupteur qui s’est fait avoir en n’ayant pas les résultats escomptés pour son argent dépensé et par un juge, membre d’un des tribunaux électoraux. En un mot, de l’argent a été offert, de l’argent a été reçu, des résultats des dernières élections ont été manipulés, des membres du Conseil électoral sont indexés. Le scandale est immense. Que faut-il de plus pour que la justice se mette en mouvement ? Toute personne honnête ou curieuse se le demande. Mais la justice n’avait rien dit quand le PNUD avait octroyé, de façon particulière, la fabrication des bulletins et des matériels sensibles pour l’élection du 9 août à des officines inconnues. La justice n’avait rien dit quand le responsable de la logistique auprès du Conseil électoral avait été accusé d’avoir monté un immense tour de passe-passe pour tronquer les résultats pendant le transport des procès-verbaux. La justice n’a pas donné de suite ou eu de suite quand, à la demande de Fanmi Lavalas et d’un candidat indépendant, le BCEN avait découvert et acté que 78 procès-verbaux sur 78, analysés de façon aléatoire, étaient empreints de traces de fraude ou d’irrégularité. La justice et ceux chargés de la bonne marche des institutions ont les oreilles et les yeux obstrués par leurs intérêts, depuis des mois. On se demande presque pourquoi la décence porterait les diplomates, les observateurs, les magistrats, les membres du gouvernement, les conseillers électoraux ou le président de la République lui-même à dire qu’il est temps que cela cesse. Le secteur privé haïtien, la communauté internationale, le Conseil électoral, le président Michel Martelly et consorts, tous ceux qui veulent faire croire que le processus électoral est encore viable, sont en train de se faire complices du plus grand détournement de légitimité d’une élection en Haïti. Ils doivent avoir leurs raisons d’appuyer avec autant de constance l’incompétence, la malhonnêteté et la fraude. Nous ne sommes plus au temps où l’on doutait des résultats de la présidentielle. Tout le processus électoral est remis en question avec les accusations de ce 16 décembre 2015. Une commission de vérification élargie est déjà un minimum, car qui a touché pour travestir un résultat peut avoir tripatouillé tout au long du processus. Appuyer la vérification du processus électoral est le minimum que l’ont peut attendre d’un responsable honnête. L’autre chemin est celui des corrompus et des corrupteurs. Ce 16 décembre marque les 25 ans des premières élections démocratiques tenues en 1990 sous l’égide de la Constitution de 1987. Michel Martelly veut-il aussi que cette date marque la tenue des dernières élections malhonnêtes ou notre président et ses alliés travaillent-ils à voler l’espérance de l’émergence d’un pays normal, un jour, sur cette terre ? Accepter un bon processus de vérification ne signifie point reconnaître que les accusations sont fondées, mais seule la vérification peut infirmer les présomptions et les soupçons immenses qui accablent le processus électoral de 2015. À vous de choisir, messieurs et dames les dirigeants, au pays de ne pas laisser faire les ceépistes et leurs alliés sans réagir.