Le coordonnateur spécial pour Haïti au Département d’État, Kenneth Merten, depuis Washington, et l’ambassadeur américain en Haïti, Peter F. Mulrean, ont sorti la grosse artillerie, dimanche, pour mettre en place un tir de barrage. Les diplomates cherchent à préserver du naufrage intégral les dernières élections en mettant en avant que les échéances constitutionnelles d’Haïti doivent être respectées. Dans cette perspective, une nouvelle législature doit prendre place le deuxième lundi de janvier et un président élu doit être installé au palais national le 7 février 2015.
Pour les USA, il faut que le processus électoral avance, a dit Mulrean au Nouvelliste. Les Américains n’anticipent pas de grands changements dans le classement des candidats arrivés en tête, a déclaré Merten sur La Voix de l’Amérique. Ces déclarations ravivent l’espoir dans certains camps et braquent la méfiance dans d’autres.
En mettant tout leur poids dans la balance, les États-Unis d’Amérique cherchent-ils à orienter le travail de la Commission d'évaluation électorale indépendante moins de trois jours avant la fin prévue de la mission de cet organisme chargé de faire des propositions pour une sortie de l’impasse électorale ? C’est la question que se posent de nombreux observateurs.
Jusqu’à présent, deux mois après la tenue du premier tour, mis à part la visite du coordonnateur spécial pour Haïti au Département d’État, Kenneth Merten, début décembre, le Département d’Etat avait laissé les Haïtiens se chercher des solutions. Sans trop de résultats probants, il faut le reconnaître.
Le 27 décembre, alors que l’ambassadeur s’adressait au Nouvelliste, les politiciens haïtiens étaient devant un double échec : les élections prévues pour le dernier dimanche de décembre sont reportées sans date connue ; la grande manifestation projetée par l’opposition pour ce même dimanche n’a pas pu avoir lieu. La veille, une conférence de presse annoncée pour ratifier l’union de Lavalas et du G-8 avait été déprogrammée sans explication.
Dans le même temps, la Commission d'évaluation électorale indépendante a pris une décision : 15% des procès-verbaux vont être analysés. Cela fait beaucoup de travail et, de toute évidence, il faudra accorder un sursis à la CEEI pour la laisser aller au bout de sa mission. Il reste aussi en suspens les accusations de corruption contre de nombreux membres du Conseil électoral et la décrédibilisation des instances contentieuses du CEP par des accusations et un rapport de la mission d’observation électorale de l’Union européenne. Le BCEN n’en sort pas grandi.
En disant clairement leurs attentes, les USA ne font que mettre un peu plus de pression dans un problème qui reste entier : le processus électoral et la légitimité des prochains élus de la République. La pression peut provoquer bien de réactions mais va-t-elle résoudre le problème de fond ?
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