Aucun symbole de la République n’a résisté au séisme du 12 janvier 2010. Six ans après, les sites des trois palais de la République sont habités par le vent. Le palais national, au Champ de Mars, est barré par des tôles vertes. Des baraquements ont été construits pour abriter l’USGPN, le CAT TEAM, entre autres. Le président Michel Joseph Martelly, à l’étroit dans ses quartiers, n’avait pas mis la reconstruction du symbole du pouvoir exécutif sur la liste de ses priorités.
Pour lui, le plus important était de faciliter le relogement des centaines de milliers de sinistrés entassés sur des places publiques de la région métropolitaine. « Pas maintenant, pas maintenant. Il n’y a aucun projet pour reconstruire le palais national. La priorité était de reloger les gens qui vivaient sous des tentes », a confié Me Jean Renel Sanon, secrétaire général du palais national, lundi 11 janvier 2016. Il fallait reloger l’administration publique, a-t-il ajouté, soulignant que « tout est prioritaire ».
« Le palais sera reconstruit en temps et lieu », a lâché Jean Renel Sanon.
« On doit reconstruire le palais national mais on ne peut pas construire le palais qui était là parce qu’il était trop petit. Il représentait les ¾ du projet initial de Baussan. Le palais à construire sera le cinquième palais », a dit l’historien Georges Michel, qui croit qu’il faudra lancer un concours pour retenir le meilleur plan. Le nouveau palais devra être plus spacieux afin de pouvoir répondre à de nouvelles exigences pour accommoder ses utilisateurs, a-t-il dit, reconnaissant que ce n’est peut-être pas une priorité mais c’est une tâche à accomplir.
A moins de cinq minutes en voiture, le palais de justice de Port-au-Prince, au Bicentenaire, est logé provisoirement dans des bâtiments désaffectés de l’USAID. Au train où ça va, ce provisoire tend à devenir définitif, a plaisanté un jeune avocat, à l’entrée de ce site où se mêlent marchands de cartes de recharge, chauffeur de taxi et marchand de boissons gazeuses. Pour Me Stanley Gaston, bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince, « le symbole a toute son importance dans l’imaginaire ». Plus que le symbole, Me Gaston croit nécessaire de reconstruire un nouveau palais de justice et la maison des avocats, comme prévu dans les plans qui ont été présentés à l’ancien conseil.
Comme d’autres avocats et juges, ils rongent leurs freins d’impatience. A la même enseigne, le juge Durin Duret Junior de l’Anamah. Le fait que six ans après le séisme le palais de justice soit toujours dans ces locaux provisoires illustre le peu d’intérêts de l’Etat. « L’Etat n’a pas le souci, six ans après la disparition de ce symbole, de le reconstruire », a estimé le magistrat, soulignant que le Bicentenaire n'est ni « approprié » ni « accessible ». C’est pour cela que la Cour de cassation n’a jamais occupé les bureaux qu’on lui avait laissés au Bicentenaire, a confié Durin Duret Junior.
Pour le palais de justice, le parquet de Port-au-Prince et la maison de l’avocat, il n’y a pas de ressources provisionnées pour les construire présentement. Mais la firme JB Millet, qui réalise les études, a donné le "dernier livrable". Des discussions vont avoir lieu avant de présenter les plans au public, a expliqué l’ingénieur Clément Bélizaire, numéro un de l’UCLBP. Après viendra l’appel pour la construction, a indiqué Clément Bélizaire.
A quelques minutes de marche, à l’avenue Marie-Jeanne, des chardons ont poussé sur le terrain où l’ex-Premier ministre Laurent Lamothe, l’ex-président du Sénat, Desras Simon Dieuseul, avaient posé la première pierre fin décembre 2012 du nouveau Parlement. L’édifice, dans les plans de la compagnie HADOM, devait avoir quatre étages. Une avance de démarrage de 10 millions de dollars américains a été fournie à cette compagnie sur les 33 millions de dollars que devait coûter la construction. L’argent devait provenir des 200 millions de dollars d’annulation de la dette d’Haïti par le FMI, avait appris le journal. L’ingénieur Clément Bélizaire, patron de l’UCLB, a évoqué la possibilité de discuter avec les nouveaux parlementaires. L’idée est de proposer des réaménagements afin de diminuer le coût de ces travaux. « Nous sommes dans un processus de résiliation de tous les contrats avec Hadom », a-t-il dit.
Entre-temps, l’arrêt des travaux fin 2014 et début 2016, outre les chardons, des chèvres ont établi leur quartier sur ce terrain gardé par un homme juché dans un vieux cabanon en bois, face aux bâtiments provoquant des envies de la BRH. Pour le sénateur Steven Benoît qui carbure à la nitroglycérine, c’était scandaleux que ce soit avec cette firme dominicaine de Felix Bautista que le contrat de construction du Parlement haïtien avait été conclu. Il y a eu un deal, a-t-il affirmé, revenant sur le gros paquet de contrats, certains non terminés, obtenus par l’homme politique dominicain dont la relaxe par la justice de son pays avait provoqué des remous et des épithètes peu flatteuses pour des autorités dominicaines.
Six ans après le séisme, l’incapacité de l’Etat haïtien à reconstruire ses palais, ses symboles constitue, pour certains, l’échec d’une reconstruction prise par le mauvais bout avec une tendance trop marquée à octroyer des contrats sans garantir les intérêts de l’Etat.
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