Chaque fois qu’un pas est franchi dans le dossier des élections, on se rend compte qu’on s’enfonce d’une coudée dans la vase. Particulièrement pour la présidentielle.
Alors que les scénaristes des élections annoncées pour le 24 janvier avaient tout fait pour prouver qu’ils allaient de l’avant, seuls s’il le faut, voilà que depuis lundi ils mettent la pédale douce. Rétropédalent, mais en gardant la tête dans le guidon et le même objectif.
Tout commence par la sortie spectaculaire lundi de Marie-Lucie Bonhomme Opont, épouse du président du Conseil électoral, journaliste vedette de Radio Vision 2000. Elle se fend d’une déclaration lue à l’antenne pour dénoncer la direction prise par le processus électoral. Comme pour lui répondre, quelques heures plus tard, son mari annonce que le Conseil électoral va suivre les recommandations de la Commission d’évaluation électorale indépendante. Opont écoute sa femme, se sont vite dit les enfants de chœur.
Cela fait plus d’une semaine que le CEP, l’exécutif et nos très bons amis les Blancs avaient dit non aux recommandations de la Commission d’évaluation électorale indépendante et fixé les balises d’une élection présidentielle dont les résultats sont déjà connus depuis que Jude Célestin a décidé de ne pas y prendre part. Ils prennent les enfants de chœur pour des pigeons d’argile.
On voit bien que la date du 24 janvier ne correspondra pas à des élections. Alors il faut rectifier.
Ce mardi, c’est Yolette Mengual, conseillère électorale, qui pond une perle de lettre rendue publique par le Conseil. Celle qui est accusée d’avoir accepté des pots-de-vin pour trafiquer des résultats au niveau du BCEN annonce qu’elle va « prendre un peu de recul ». Ce n’est pas du recul que la Commission d’évaluation électorale indépendante avait recommandé aux membres du CEP qui sont dans la situation de Mme Mengual. Ils doivent se donner deux tapes au cul. Mais bon, Mme Mengual a sa volonté et ne veut pas s’encombrer des quatre volontés des commissaires.
En fait, les recommandations de la Commission d’évaluation électorale indépendante interdisent la tenue d’élection en janvier 2016 en Haïti. L’une d’entre elles, et non des moindres, est que les membres des bureaux de vote, la base de toute élection, ne sont pas à la hauteur de la tâche qu’on attend d’eux. Le CEP annonce une formation en accéléré pour tout le personnel de la machine électorale. On refait comme les fois passées.
Il y a aussi les membres du CEP qui n’inspirent plus confiance au pays, a dit le rapport de la Commission. Ils s'achètent une bonne conscience en feignant de se courber devant les vœux de la Commission après des jours de rébellion.
Et le dialogue politique que l’on doit initier…La Fédération protestante se propose en sauveur, mais avoue qu'à onze jours du scrutin la Commission du dialogue n'existe pas encore vraiment. A savoir, quand elle débutera. Mystère...
Il y a aussi, mais la Commission n’a pas été jusque-là, ces observateurs internationaux qu’on doit mettre sous surveillance pour contrôler quelle substance ils ingurgitent pour être, au mieux, aussi aveugles, au pire, aussi partisans.
Le Parlement est en place. Mais comme l’indique le décret électoral, même après la prestation de serment d’un élu on peut sévir contre lui. Alors que l’on garde nos élus sous surveillance, mais que pour la suite on fasse mieux après le travail de la Commission. Le processus électoral n’est donc pas à jeter, sauf si c’est le but ultime d’Opont et co.
Les élections du 24 janvier sont dans l'impasse, mais qui joue au poker menteur avec l'avenir d'Haïti ? se demande-t-on.
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