Il y a des constantes dans l’histoire haïtienne. On prend le pouvoir à la hussarde. On s’y agrippe. Comme on peut, on vole (lisez le verbe voler dans ses deux sens). On se bat pour ne pas partir. On tombe. En cours de route, entre la prise du pouvoir et la chute, on abat ce que son prédécesseur avait construit et on voit se détruire sous ses yeux ce que l’on a érigé.
Il faut être très chanceux pour passer pour un bon président en Haïti. Avoir encore plus de chance pour s’inscrire comme tel dans l’histoire de ce pays.
Ce mardi, à quelques jours de la passation des pouvoirs constitutionnellement prévue, Michel Martelly a sans doute pris le temps de se dire que lui aussi prend la même route que ses devanciers. Le chemin ardu et ingrat de l’incertitude sur son sort, sur son inscription dans la mémoire de la nation, se dessine, en pointillé, chaque jour, un peu plus clairement.
Martelly a une élection qu’il veut tenir et gagner à tout prix, mais qui intéresse de moins en moins d’Haïtiens. Pour n’avoir pas accepté de faire les corrections nécessaires, il a un instrument d’alternance défectueux en sa possession.
Les élections réservent toujours des surprises dans ce pays.
La Chambre de commerce et d’industrie d’Haïti, la plus ancienne des associations patronales, par l’organe de chacune de ses représentations régionales, a dit non ce mardi aux élections du 24 janvier de Martelly et de son Conseil électoral croupion.
Périodiquement, nos présidents se réveillent avec des mauvaises nouvelles similaires.
L’incident survenu à Labadie ce mardi est comme un cauchemar. Imaginez des bénéficiaires de la première porte d’entrée de touristes en Haïti (600 000 par an) qui les chassent pour protester contre leurs mauvaises conditions de vie sur les rives d’une plage de rêve.
Sous Martelly, même les poules aux œufs d’or ne font pas recette.
Les quelques centaines de personnes qui peuplaient le village de Labadie au milieu des années 80 sont plus de six mille de nos jours à espérer un aller-mieux à partir de cette manne qui a ses limites. De plus, les promesses faites et périodiquement renouvelées, visant à faire croire que Labadie, le village, va bénéficier des retombées de Labadee, l’escale pour croisiéristes, n’ont pas été tenues.
Si ceux qui vivent du tourisme ne sont pas satisfaits de leur sort, si le village qui a le plus bénéficié de Labadie est insatisfait, qu’a donc fait Martelly du tourisme, secteur-phare de son administration ? Où sont les bénéficiaires des fameux projets sociaux de son quinquennat ?
Toujours ce mardi, le centre-ville de Port-au-Prince a connu un jour enfumé. Des manifestants s’en sont donnés à cœur joie pour dire tout le mal qu’ils pensent de Michel Martelly. Ils se sont dirigés vers le Parlement où, là non plus, personne n’a élevé la voix pour dire du bien du président et de son équipe.
L’institution parlementaire comme la rue rechigne à s’aligner sur les rêves de transmission du pouvoir d’un Tèt Kale à un Tèt Kale. Ah! on est loin du Martelly de 2010.
Pour l’instant, ce n’est pas le sauve-qui-peut dans les rangs du pouvoir. Il est simplement venu le temps où plus personne ne monte dans le bateau rose de gaîté de cœur.
Michel Martelly, comme bien d’autres présidents avant lui, doit seul faire ses choix et tenir l’addition de ses réalisations. René Préval, en 2010, avait parié sur l’avenir. En renonçant au pouvoir pour les siens, Préval a laissé un héritage intact.
C’est l’attraction de l’alternance qui happe Martelly en ce mois de janvier 2016. Saura-t-il renoncer pour mieux rebondir ou voudra-t-il avoir le beurre, le lait, la laitière, le veau et la vache ?
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