Les manifestations de rue organisées lundi et mardi dans la capitale haïtienne, en signe de mécontentement de l’opposition au scrutin de dimanche, la persistance des autorités établies dans la poursuite du processus électoral caractérisent l’enjeu du pouvoir politique en Haïti par les forces en présence. Les véhicules incendiés, l’érection de barricades enflammées et les dommages causés aux nombreux véhicules au centre-ville témoignent de la colère des manifestants qui réprouvent le scrutin de dimanche où seul le candidat du pouvoir est en lice pour le second tour de la présidentielle. L’interview de Jude Célestin sur Radio Kiskeya la semaine dernière et son message à la nation rendu public lundi dénonçant les élections de dimanche ont raffermi l’ardeur des militants de l’opposition hostiles à l’administration Martelly.
Que ce soit dans l’aire métropolitaine ou dans les grandes agglomérations des centres urbains des villes de province, rien ne laisse croire qu’il y aura une compétition électorale le dimanche 24 janvier prochain. Pas de meeting, pas de rassemblement, pas de débat. Mis à part le meeting organisé le week-end écoulé aux Gonaïves. Le candidat du pouvoir s’est contenté d’utiliser uniquement la presse électronique pour diffuser ses spots invitant les électeurs à se rendre aux urnes à la date indiquée. L’institution électorale s’évertue à publier quotidiennement des communiqués de presse sur tout ce qui se rapporte au scrutin de dimanche. Aucune autre activité n’est susceptible de justifier la tenue du second tour de la présidentielle de dimanche. Contenant 42 pour cent de l’électorat national, le département de l’Ouest qui, habituellement, est riche en meetings et rassemblements lors des élections présidentielles, n’a été le théâtre d’aucune activité politique majeure en prélude au second tour.
L’Eglise catholique n’a toujours pas remplacé son représentant de l’institution électorale en dépit de l’insistance du pouvoir. La réticence de la Conférence des évêques haïtiens dans le cadre de ce dossier témoigne de leur indifférence quant à la poursuite du processus électoral par le pouvoir en place qui n’a pas respecté ses engagements d’appliquer les recommandations de la Commission d’évaluation dans laquelle l’Eglise catholique s’était fait représenter par Mgr Aris. Le Conseil électoral provisoire est toujours amputé de quatre membres, dont deux ont démissionné et deux autres indisponibles. Au sein du secteur protestant, c'est le déchirement pour parvenir à choisir un nouveau représentant. Autant de faits qui dénotent le caractère spécial du Conseil électoral provisoire de neuf membres, selon le vœu de la Constitution, mais qui fonctionne avec cinq membres. Ce Conseil de cinq membres a-t-il la compétence d'engager l'institution électorale dans toutes circonstances ?
A la suite du cri d’alarme lancé par la plus ancienne association patronale du pays au sujet des élections de dimanche, tout porte à croire que d’autres institutions vont prendre position avant le jour-j. La Chambre de Commerce et d’Industrie d’Haïti a exprimé en termes clairs qu’il ne saurait y avoir une élection présidentielle avec un candidat unique. Les privilèges et les honneurs sont-ils la véritable motivation des autorités actuelles qui les empêche de constater qu’ils empruntent la route susceptible de plonger le pays dans l’abîme ?
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