Longue journée que ce vendredi 22 janvier 2016. On attendait la fin de la campagne électorale après avoir écouté le discours surréaliste du président Michel Martelly jeudi soir, on a eu la fin de l’illusion électorale concoctée par Monsieur Pierre-Louis Opont et consorts. Trois mois après le premier tour du 25 octobre 2015, après moult contestations et péripéties, après deux reports du second tour, après on ne sait plus combien de prises de position dénonçant l’aventure électorale, après la destruction d’une vingtaine de bureaux et centres de vote en province, après les propos du premier ministre Evans Paul présentant le 24 janvier comme une élection « yon grenn soulye », après le défilé de plusieurs milliers de protestataires dans les rues de Port-au-Prince, après la mise à sac de vitrines à Pétion-Ville et le bris de pare-brise d’innocents chauffeurs, le CEP a finalement concédé l’échec de son entêtement. Pour signer leur sortie d’un dernier mensonge, les conseillers électoraux de l’ingénieuse débâcle de nos élections ont prétexté que c’est la violence qui les oblige à baisser pavillon. Oh que non !!! Ce n’est pas la violence qui a mis fin au processus électoral à 48 heures du scrutin, c’est la faillite du capital de confiance que le pays avait placé en cet organisme qui a miné le pouvoir de convocation d’un ramassis d’arrogants et d’incompétents. C’est la rançon du refus de reconnaître et de corriger un chapelet d’erreurs qui imposent le renvoi sine die du deuxième tour. Au moment d’annoncer l’arrêt du processus électoral, le niveau de crédibilité de ceux qui étaient autour de la table pour représenter le Conseil électoral s’était rapetissé à la portion d’un quart de dé à coudre. La crédibilité des autres conseillers, qui s’activaient en coulisse à dépenser les derniers millions d’une élection qui n’aura pas lieu, ne tenait pas dans un volume plus conséquent. Ah! qu’ils sont coupables ces messieurs et dames, représentants de la société haïtienne dans son ensemble. Ce vendredi soir, il y a d’autres responsables de notre débâcle électorale qui se font tout petits. Les observateurs internationaux, les capitaines d’organisations non gouvernementales (ONG) impliquées dans l’assistance électorale et politique, les diplomates de la mission de l’Union européenne en Haïti et les autres mauvais lecteurs de la situation haïtienne, pensent-ils déjà à un scénario pour reprendre la main ? Quelles pensées leur traversent l’esprit pendant qu’ils sirotent un cocktail en dénonçant ce peuple indocile et ces leaders politiques incompréhensibles ? Personne ne le sait, mais n’en doutez pas, ils pensent pour nous et à nous. Cette fin de semaine, parce qu’un Conseil électoral malhonnête et une communauté internationale mal outillée nous ont accompagnés dans le gouffre où nous sommes après nos derniers douze mois d’élections, chaque acteur politique doit prendre le temps de la réflexion avant de repartir tête baissée dans de nouvelles aventures en sifflotant un air satisfait en l'honneur d’une bataille gagnée. Aussi imparfaites qu'aient été les élections de 2015, il y a des leçons à en tirer, de l’humilité à s’imposer, car les mauvais joueurs sont dans toutes les équipes. Et c’est à un avenir plus serein que chacun doit penser. Il n’y a pas de place pour un millier de gagnants. Il n’y aura pas de gagnant si le destin de la communauté n’est pas la boussole de nos actions. Il ne peut y avoir de vainqueur que l’intelligence, pas les intelligents. En Haïti, ceux qui jouent avec le feu font tout pour avoir l'incendie en jurant qu'ils ne souhaitent qu'une étincelle. C’est le pire de la politique qui inspire la politique du pire quand le pouvoir est en ligne de mire. En 2016, l’appétit sera le poison qui viendra à bout des mauvais joueurs. Ce 22 janvier, plus qu’un autre jour, ce jour de l’échec des talents de gestionnaire de Pierre-Louis Opont et de la débâcle de la stratégie électorale de Michel Martelly, chaque politicien, chaque acteur de la société civile doit se convaincre que le calme est nécessaire, car nous entrons en zone de tempête. La suite du processus électoral et la transition qui se dessine s’annoncent compliquées et vraiment violentes si on n’y prend pas garde.