Au pif, sans ruban métrique, sans outils Hi Tech de géodésie spatiale, le marché de Croix-des-Bossales, bordé à l’est et à l’ouest par les boulevards Jean-Jacques Dessalines et La Saline, ressemble à un faux rectangle. L’extrémité sud, si on est généreux, s’étendrait à la rue Bonne Foi. Au nord, jusqu’à l’angle de la route de Delmas avec le boulevard La Saline. Le périmètre, environ deux (2) kilomètres sur 500 mètres, accueille d’importantes activités économiques, sans être ce qu’il était avant le séisme du 12 janvier 2010. Quelques vieux dépôts plus que centenaires ayant résisté aux secousses sismiques cohabitent avec les nouveaux hangars. C’est ici que l’on écoule sucre, riz, farine et autres produits importés à côté des denrées agricoles, produits du terroir. La vie, sur ce vieux site où l’on vendait les esclaves venus d’Afrique, commence à l'aurore avec un coup de tafia, une gorgée de café, une chanson mais surtout une prière ces temps-ci. La mort peut être au bout d’une journée de labeur dans ces lieux, a expliqué Genésia J., 52 ans, qui vend de tout: produits cosmétiques, vêtements usagés, du lait. Son commerce de la semaine dépend de son bas de laine et des liquidations. Elle s’est résignée, presque fataliste, à l’idée de ne pas revoir ses six enfants. Le risque d’être fauchée par une balle perdue est élevé, a-t-elle regretté, généreuse dans les détails de moments sombres vécus par des marchandes, loin de faire la une des médias. Fait divers, on ne compte plus les blessés par balle. Fait divers, on rapporte qu’il y a eu un « kouri au bas de la ville », sans faire le décompte des fusillades entre gangs rivaux dont les membres sont souvent des gamins désœuvrés, des ex-tolars « souchés » politiquement, élevés dans la misère des quartiers limitrophes comme Rue 9, Fort Touron, rue des Remparts. Ils s’affrontent pour imposer leur loi, avoir la haute main sur le lucratif racket institué, a confié au journal le commissaire principal en charge de la juridiction de Port-au-Prince Pierre-Louis Jean Alex. Depuis la mi-novembre 2015, les hommes de Léonel Aldena, alias Bout Jean-Jean, et de Ti Junior se battent pour avoir le contrôle du marché de charbon, d’oignon et noix de coco, a expliqué le commissaire de police, qui a souligné avoir placé un point fixe dans le secteur. La police fait son travail. Cependant, dans certains cas, des individus appréhendés sont remis en liberté quelques semaines après, a indiqué le responsable de la police de Port-au-Prince, Pierre-Louis Jean Alex. Le commissaire principal, tout en ayant à l’œil le marché de Croix-des-Bossales, suit les sursauts des gangs armés de Martissant, à l’entrée sud de la capitale. Samedi dernier, les bandits armés de Grand-Ravine, de Ti Bwa ont fait parler la poudre. Dans la matinée, beaucoup de coups de feu ont été entendus, a confié un riverain de Martissant, sous le couvert de l’anonymat. « Ils ont menacé de descendre sur la route parce qu’on leur doit », a confié cette source, choquée que des autorités aient à soudoyer des bandits pour qu’ils se tiennent à carreau, n'envahissent pas la route nationale numéro 2, à hauteur de Martissant. « C’est ça la réalité », a suffoqué cette source. La police a reçu des renseignements concernant les intentions de ces bandits, a affirmé le commissaire Pierre-Louis Jean Alex. Elle a aussi été informée que des gens venus de ces quartiers projettent de manifester devant le palais et le Parlement vendredi, a-t-il confié au journal. La police prendra toutes les dispositions nécessaires, a assuré le commissaire de Port-au-Prince, Pierre-Louis Jean Alex.