Depuis plus d’un mois, le fonctionnement de l’Université d’Etat d’Haïti – principale institution publique de formation supérieure du pays – est perturbé par un mouvement de protestation. Un mouvement de grève à l’UEH n’est plus une nouvelle. Depuis des décennies, l’UEH connaît rarement une année académique paisible. Pour des raisons diverses. Mais quand le rectorat est visiblement dépassé par les événements, la crise n’est pas si banale que ça.
Les locaux du rectorat ont été occupés par des étudiants. Un autre local du rectorat a été également pris d’assaut par ces derniers. On n’évalue pas encore les conséquences. Un professeur rapporte qu’un étudiant de l’UEH a raté son voyage d’études à l’étranger parce qu’il n’a pas pu se procurer à temps ses documents administratifs au rectorat. Il peut y en avoir d’autres cas similaires. Révoltant. Le jeune diplômé, licencié, maître… s’est donc retrouvé depuis plusieurs jours dans l’impossibilité de se procurer ses documents (diplôme, licence, autres) pour ses besoins personnels ou professionnels.
Dans presque toutes les universités du monde, un mouvement d’étudiants n’a rien d’anormal. Pourquoi et comment procéder ? Il n’y a pas de recette idéale.
Ces récentes perturbations à l’UEH découlent de l’expulsion d’un étudiant de l’UEH, du vœu du personnel administratif d’intégrer le Conseil de l’université et aussi d’un processus électoral déclenché depuis des mois dont on ne connaîtra pas l’issue avant le mois d’avril prochain. Le mandat de l’actuel conseil exécutif de l’UEH arrive à terme le 31 mars. Ce processus électoral au sein du plus grand espace de savoir ne diffère pas trop de nos processus électoraux pour élire nos maires, nos parlementaires ou encore notre chef de l’Etat. A un degré moindre avec des contestations par-ci et des dénonciations par-là.
Plusieurs décennies après, l’Université d’Etat d’Haïti n’est toujours pas une priorité de l’Etat haïtien. Le maigre budget alloué chaque année à l’institution publique d’enseignement supérieur le prouve. Avec une telle situation, aggravée par un manque de leadership éclairé des responsables, l’UEH ne peut ainsi satisfaire certains de ses besoins élémentaires. En 2016, rares sont les entités de l’UEH à être dotées d’un laboratoire informatique digne de ce nom, d’une bonne bibliothèque, d'un local adéquat.
Plus de six ans après le séisme, qui a mis quasiment la plupart des entités à genoux, l’étudiant de la Faculté des sciences humaines ou de l’Ecole normale supérieure continue de suivre ses cours dans de mauvaises conditions. A force de s’y habituer, on trouve cela normal.
Pour reconstruire leurs établissements détruits par le tremblement de terre, certains directeurs d’écoles primaires ou secondaires se sont tournés vers les anciens de leurs établissements scolaires via des levées de fonds. Qui peut compter combien de jeunes l’UEH a formés et qui ont occupé de grandes fonctions au niveau de l’Etat ou dans le secteur privé ? Quel jeune ayant réussi financièrement refuserait de collaborer pour reconstruire son ancienne faculté ? Le problème de leadership éclairé se pose.
Saviez-vous que la Faculté des sciences humaines (Fasch) vient d’enregistrer plus de 4 600 postulants à son concours d’admission pour sa nouvelle session du mois de mars alors qu il n’y a que 150 places? La Fasch est la seule entité de l’UEH qui, malgré tout, accueille deux promotions par année. Plus de 8 000 jeunes se bousculent ainsi chaque année pour tenter d’intégrer la Faculté de médecine. A l’Inaghei, à la Faculté de droit et des sciences économiques, à la Faculté d'agronomie et de médecine vétérinaire… c’est pareil. Avec une offre nettement inférieure à la demande (malgré l'apport des universités publiques régionales), la situation ne saurait être autrement.
Aujourd'hui, la question reste d'actualité: quelle politique d’enseignement supérieur voulons-nous établir ?Quelle université pour quelle société de demain? Faudrait-il commencer (pour certains) ou continuer (pour d'autres) à poser ces banales questions.
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