Lavalas était de sortie ce lundi. Pour commémorer le « kidnapping de Jean-Bertrand Aristide en 2004 ». La date est rare. 29 février oblige. Chaque quatre ans seulement. Alors les partisans, sympathisants et membres du parti Fanmi Lavalas ont gagné les rues. Aux dires d’un des participants à la marche, si Martelly était encore au pouvoir, ils seraient mille fois plus nombreux, ce lundi. Lavalas est surtout bon pour résister et contester.
Trente ans depuis que, sous une forme ou une autre, un nom ou une autre appellation, les alliés de Jean-Bertrand Aristide tiennent le béton. Certaines fois, ils sont si nombreux que les routes disparaissent sous leurs pas, d’autres fois, ils ne sont qu’une poignée. Toujours avec la même détermination.
Cette année, Lavalas a un répit. Le parti est revenu au Parlement et son candidat à la présidence, pour la première fois depuis 2000, a eu le soutien du père fondateur de la famille, Aristide lui-même. Lors de l’installation de Jocelerme Privert à la présidence provisoire, la femme du leader historique et la candidate du parti ont payé de leur présence à la cérémonie. Pour Mildred Aristide, c’est un retour dans son ancienne résidence officielle après 12 ans d’absence. Sous Alexandre Boniface, René Préval 2 ou sous Michel Martelly, il n’y avait pas de carton d’invitation pour elle pour cause d’exil ou d’incompatibilité politique avec le locataire du palais.
Ceux qui ne suivent pas de près la géographie du mouvement prennent tous les compagnons de route de Lavalas pour des fils spirituels et perpétuels du parti, du mouvement, d’Aristide lui-même. En trente ans, après des métamorphoses, les exils, les changements d’orientation, le parti a perdu des cadres, des membres, des votes et en a convaincu d’autres.
Le cas de Jocelerme Privert tenait en haleine l’opinion depuis des semaines, l’ancien directeur de la Direction des Impôts et ancien ministre de l’Intérieur d’Aristide était-il encore Lavalas? N’était-il que Lavalas ?
Son chef de cabinet Jean-Max Bellerive a levé les doutes ce lundi 29 février. Le sang idéologique qui coule dans les veines du chef de l’Etat est celui de Inite-Verite, deux partis qui ont pour père fondateur René Préval. Ce René Préval sous le règne de qui Jocelerme Privert est sorti de prison en 2006, puis a intégré son cabinet, avant de se faire élire sénateur pendant que René Préval était encore président de la République.
Privert et Lavalas ce fut un bout de chemin, Privert et les amis de Préval c'est l’histoire actuelle. Et quand on apprend que c’est Daly Valet qui est chargé, au cabinet du président Privert, du dialogue politique, on comprend bien que l’ouverture est largement large.
Privert n’a-t-il plus aucun lien avec Lavalas ? Personne ne peut l’affirmer non plus. C’est sous Aristide qu’il a mis le pied à l’étrier du pouvoir pour la première fois et Lavalas lui déroule le tapis rouge depuis son élection. Il n’y a pas de rejet.
Ce 29 février, jour d’un anniversaire funeste pour Privert et Aristide, les deux hommes ont dû se souvenir des leçons de l’histoire et des impératifs de l’actualité, eux qui ont payé si cher leurs expériences politiques.
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