Ce mardi 1er mars 2016, en intervenant sur les ondes de Magik 9, le président de la République a encore fourni la preuve que le ministre Laleau et lui ne s’accordent pas quand il s’agit d’établir l’état des lieux des finances publiques du pays. Jocelerme Privert a, en effet, réagi aux propos du grand argentier de la République qui affirmait que le chef de l’État ne disposait pas de toutes les informations quand il s’est montré très alarmant, lors de sa première intervention publique, 5 jours après son accession à la présidence, prétendant que la situation des finances publiques du pays est catastrophique.
Les déclarations que j’ai faites, déclare le président Privert, découlent exactement des informations qui m’ont été transmises, d’une part, au cours des deux rencontres que j’ai eues avec le ministre des Finances lui-même et le conseil de la Banque de la République d’Haïti (BRH) dans le but de m’informer de l’état des finances de la nation. Et, d’autre part, du Conseil des ministres qui s’est tenu peu après ces deux rencontres et au cours duquel nous avons passé en revue la situation politique, l’état des lieux de l’administration et le fonctionnement de l’État.
« C’est le ministre Wilson Laleau en personne qui avait annoncé qu’il faut décréter l’état d’urgence économique », rappelle le président provisoire lançant ainsi des piques à ce dernier qui a tenu ces propos au moment de son installation comme ministre de l’Économie et des Finances en janvier 2015.
Plus loin, Jocelerme Privert rapporte qu’il avait demandé au ministre des Finances de dresser un rapport sur la situation financière du pays, et à la BRH de dresser un rapport parallèle. « Ces deux rapports sont contradictoires », souligne ce dernier tout en précisant que la BRH a recommandé au gouvernement de faire de la gestion du cash management en réponse à la situation actuelle des finances publiques du pays.
« C’est un système qui permet à l’État de dépenser aujourd’hui ce qu’il a collecté hier », explique l’actuel chef de l’État. « Est-ce que ce sont des indicateurs d’une économie qui fonctionne bien ? », s’interroge ensuite Jocelerme Privert en réponse à Wilson Laleau qui, de sa position de ministre de l’Économie et des Finances, avait déclaré que la situation économique et financière du pays n’est pas aussi alarmante et chaotique que le président voulait le faire croire.
Ainsi, Jocelerme Privert, dans son argumentation, fait référence au taux d’inflation, au 1,7% de croissance du précédent exercice et à celui du taux de change vertigineux actuel ainsi qu’au volume de la dette externe d’Haïti.
Jocelerme Privert et Wilson Laleau ne sont pas à leur première discordance près. En octobre 2015, alors qu’il était président de la commission Économie et Finances au Sénat, Jocelerme Privert a pris publiquement le contre-pied de l’intervention du ministre Laleau qui défendait le budget 2015-2016 qui était à l’époque très contesté. Le sénateur des Nippes avait alors relevé une légion d’anomalies dans ce texte.
Par ailleurs, le président Privert a fait savoir que l’appui budgétaire que des pays amis apportent à Haïti n’a pas été décaissé parce que les conditions de leur décaissement n’ont pas été respectées. « Tout financement international non humanitaire est actuellement bloqué. Il n’y a que l’aide humanitaire qui sera débloquée », informe le chef de l’État évaluant à 30 millions d’euros l’appui budgétaire ainsi bloqué.
Dans de telles circonstances, une résolution prise en Conseil des ministres avait demandé un gel de certaines dépenses non essentielles et non indispensables de nature à engager l’État. Mais « il n’y a pas de blocage dans le fonctionnement de l’administration publique », tient à rassurer le président provisoire qui, en principe, devrait rester 120 jours en poste.
Entre-temps, le président Privert informe qu’il est en train de mobiliser les ressources qui peuvent être dégagées dans les différents ministères avec le support de la communauté internationale pour faire face à la sécheresse qui sévit actuellement dans le pays, et aussi l’inondation, plongeant 3,5 millions d’Haïtiens en situation de crise. « Si rien n’est fait aujourd’hui pour lancer la campagne de printemps, d’ici le mois d’avril, il y aura 5 millions de personnes en insécurité alimentaire », annonce-t-il.
Le président Privert et les décrets de Martelly
Questionné sur les trois décrets sur le secteur de l’énergie pris par son prédécesseur avant de rendre son tablier et qui ont suscité bien des débats, Jocelerme Privert préfère botter en touche.
« J’ai commandé un inventaire de tous les décrets pris entre octobre 2015 et le 14 février 2016. Tous ces décrets seront analysés par mon cabinet, ils seront transformés en projets de loi pour être transmis au Parlement qui va les amender, le cas échéant, et les transformer en lois », informe-t-il à propos de la décision qu’il compte prendre par rapport à ces décrets.
« Jusqu’à cette présente minute, je n’ai pas en ma possession le décret de La Gonâve, je ne sais pas de quoi il s’agit », déclare-t-il coupant court à toutes autres questions qui auraient pu lui être adressées sur ce sujet.
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