Deux importantes institutions sont au cœur de la spirale de l’insécurité : les banques et la police. Les deux sont réputées fiables. L’une pour protéger et servir, l’autre pour garder l’épargne de la nation. Ce mercredi, encore une fois, des noms sont venus allonger la liste des victimes sorties de leurs rangs.
Depuis quelque temps, des policiers tombent les uns après les autres sous des balles assassines et les clients se font attaquer à la sortie des banques.
Tout se passe dans un silence inqualifiable de la part de la direction de la Police nationale d’Haïti (PNH) comme de l’Association professionnelle des banques (APB).
Pas un mois ne s’achève dans la grande région métropolitaine de Port-au-Prince sans qu’un agent de la police se fasse tirer dessus. Pas une semaine non plus sans une agression d’un client après un retrait bancaire.
La majorité des cas qui ont un écho dans la presse ont pour conclusion la mort de la victime qui succombe à ses blessures. Le nombre élevé de morts cache la forêt des victimes qui se font dépouiller ou malmener dans la plus parfaite indifférence de la population haïtienne comme de ses corps organisés.
Un policier tabassé ou blessé n’est pas une statistique glorieuse. L’institution policière cache ce mal qui sape le moral de ses troupes. Un épargnant qui se fait délester de son argent ne récolte que les prières émues de son entourage, car il a eu la vie sauve.
Personne ne comptabilise l’étendue de l’hécatombe : vies brisées, familles endeuillées, blessures handicapantes, séquelles permanentes et économies volatilisées.
La police n’est pas en mesure de mener les enquêtes pour le commun des mortels ni pour retrouver les coupables qui s’attaquent à ses propres fils. Les banques depuis des années rechignent à communiquer sur l'amélioration qu’elles mettent en place pour réduire les risques pour ceux qui leur confient leur épargne.
Depuis le 12 janvier 2010, les banques de la place n’ont pas repris au même rythme qu’avant leur course à l’ouverture des succursales pour desservir leur clientèle. Pire, des guichets dans celles ouvertes sont désertés par les caissiers fantômes qui n’existent pas. La conséquence de cette vision du service minimal est que les clients sont les uns sur les autres dans les queues comme devant les caissiers, tuant de ce fait la confidentialité des transactions.
Cet état de fait n’explique pas à lui seul la dégradation de la sécurité dans la région métropolitaine, mais y contribue comme y contribue l’absence, depuis 20 ans au sein de la police nationale, d’un bon service d’intelligence et d’un vrai corps de policiers en civil.
Le Conseil supérieur de la Police nationale, où siège le gratin des responsables de l’élaboration des politiques sécuritaires, ne donne pas de lignes directrices autres que celles dictées par les impératifs de l'actualité et les problèmes qui alimentent le buzz politique. Les problématiques qui concernent le bien-être de la population restent à la porte des réunions.
Les banques et la police sont en danger. La population paie un prix très lourd. Il est temps que des ébauches de solutions sortent des tiroirs de ces deux institutions incontournables.
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