Au moment où le président provisoire Jocelerme Privert et les deux branches du Parlement expriment leur insouciance dans le processus de la mise en place d’un nouveau gouvernement, l’Onu, le Canada et le Brésil s’entretiennent pour déterminer les modalités de la poursuite de l’occupation d’Haïti à travers le leadership d’Ottawa. Les discussions se poursuivent à travers l’organisation mondiale pour que le Canada assure le commandement de la composante militaire de la Minustah en automne prochain. Après 12 ans d’expérience du Brésil en terre haïtienne, l’occupation ne représentait aucun danger pour les soldats de la mission onusienne. Le Canada manifeste le désir d’exercer son leadership sur cette terre tropicale, qui, jadis, comportait des hommes et des femmes d’une bravoure exceptionnelle, mais aujourd’hui, ne renferme que des êtres sans états d’âme. Les rivalités incessantes entre les partis politiques pour la prise du pouvoir et la mauvaise gestion du pays, depuis une vingtaine d’années par les gouvernements qui se sont succédé, ont éclaboussé la conscience de l’homme haïtien. La présence de la Minustah est perçue depuis 2004 jusqu’à aujourd’hui comme un fait divers.
L’idée du désengagement de la mission onusienne en Haïti à la fin de l’année 2016, comme prévu en octobre 2013, lors du renouvellement du mandat de la Minustah, ne tient plus. La crise gouvernementale qui a secoué le pays durant les six derniers mois de l’année 2014 et l’annonce de l’année électorale en 2015 ont permis aux Nations unies de constater la fragilité de la situation haïtienne. Les idéologues occidentaux qui suivent l’évolution de la situation haïtienne ont découvert la faiblesse de l’instabilité d’Haïti à partir des élections. I997, 2000, 2010 et 2015 représentent les années où les crises électorales ont été transformées en crises politiques. Des rapports sont acheminés régulièrement à certaines ambassades pour justifier la présence de la Minustah dans le pays. La volonté exprimée par le Brésil en 2010 d’aider Haïti à transformer le vote manuel en vote électronique a été vite combattue par certains diplomates occidentaux en poste à Port-au-Prince. Cette source d’instabilité d’Haïti fait l’affaire de certains pays occidentaux puissants.
Mis à part le rôle qu’avait joué la Minustah lors de l’Opéation Bagdad, de décembre 2004 à juillet 2006, cette mission n’a pas beaucoup contribué à instaurer le climat sécuritaire tant souhaité à travers le pays. Les fonds utilisés pour le soutien et la consolidation de la réforme judiciaire ont permis aux experts étrangers de tirer leur épingle du jeu en lieu et place d’experts haïtiens. Le centre de traitement des déchets solides à Carrefour-Feuilles, servant à fabriquer des briquettes pour l’utilisation de la cuisson, mis en place par la coopération Brésil-Inde et Afrique du Sud, est l’unique projet que cette mission a introduite depuis son implantation dans le pays. Douze ans après, cette mission n’est d’aucune utilité pour Haïti. Ce mensonge annuel du secrétaire général Ban Ki-moon devient ridicule, lorsqu’il annonce qu’Haïti continue de représenter une menace pour la sécurité internationale. Un pays sans armée ayant sur son sol dix-neuf contingents de militaires et de policiers, comment peut-il représenter une menace pour la sécurité internationale ?
L’introduction du choléra par le contingent népalais de la mission a augmenté la douleur et la misère de nombreuses familles haïtiennes. De nombreux orphelins de père ou de mère ont grossi le rang des déshérités. L’organisation mondiale n’a toujours pas dédommagé les parents des victimes de cette maladie. Les promesses fallacieuses du secrétaire général de l’Onu qui consistaient en la réfection des infrastructures sanitaires n’ont subi jusqu’à présent aucune transformation.
Le Canada, en voulant assurer le commandement de la Minustah, va-t-il réparer les torts causés par cette mission à la population ?
Lemoine Bonneau
lbonneau@lenouvelliste.com
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