En Haïti, la bénédiction des rameaux et la crucifixion d’un innocent, deux moments forts du carême, se sont déroulés le même jour, ce dimanche.
Tôt dans la matinée, des milliers d’Haïtiens ont pris le chemin des églises catholiques pour les célébrations eucharistiques particulières du dimanche des rameaux, rendez-vous-phare de leur calendrier liturgique.
Dans l’après-midi, le rendez-vous était devant les téléviseurs pour assister à la mise en croix du premier ministre investi Fritz-Alphonse Jean.
Devant une assemblée de députés visiblement blasés et qui avaient déjà décidé de son sort avant de l’entendre, le 1er premier ministre nommé par Jocelerme Privert a fait de son mieux pour répondre aux questions et élever le débat.
Le PM investi, ancien banquier et économiste militant, paraissait honnête et imbu des problèmes dans ses réponses aux interrogations de l’assemblée. Le temps a vite passé pendant que tout téléspectateur averti des mœurs politiques au Parlement pouvait se rendre compte que Fritz Jean était à l’abattoir. Que le couperet pour lui couper sa trajectoire montante n’était qu’une question de procédure.
De fait, le vote fut franc. Avec 38 voix pour, Fritz Jean a fini la séance loin des 60 voix qui lui étaient nécessaires pour franchir cette étape du processus d’entrée en fonction comme premier ministre pleinement revêtu de tous les attributs du pouvoir.
Les leçons de la défaite de l’homme de Sainte-Suzanne se trouvent dans le manque de consensus autour de son choix. Cela marque aussi les limites de l’emprise de Jocelerme Privert sur les forces politiques en présence. Fritz Jean n’avait pas les cartes gagnantes pour passer l’obstacle parlementaire.
En décidant de ne pas ratifier le premier ministre de Privert, le Parlement vient de mettre fin à toute chance de voir se tenir de sitôt le fameux second tour de la présidentielle de 2015. Au moment où vous lirez ces lignes, nous serons à un mois du 24 avril, date retenue pour le scrutin dans l’accord qui donna naissance à la présidence Privert.
Il n’y a toujours pas de gouvernement, toujours pas de Conseil électoral, toujours pas de vrai consensus sur la marche à suivre pour respecter les échéances de l’après-Martelly.
Visiblement, pour satisfaire son opposition, Privert devra choisir un candidat tout en rondeur, sans angle saillant ni aspérité visible.
Le prochain premier ministre nommé, pour que tous les camps acceptent de l’avaler, la bouche en cœur, devra été une pilule parfaite.
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