Le nouveau Conseil électoral provisoire a prêté serment devant les juges de la Cour de cassation hier mercredi et a été installé, quelques heures plus tard, par le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, au siège social de l’institution à Pétion-Ville. Les partis politiques, les candidats, les organisations de défense des droits humains ainsi que les observateurs vont suivre de près ce nouveau Conseil en raison des séquelles laissées par l’équipe dirigée par Pierre-Louis Opont lors des dernières joutes électorales. Le second tour de la présidentielle, les élections complémentaires au Sénat dans trois départements et à la députation dans 28 circonscriptions électorales sont, entre autres, les principales missions du Conseil électoral provisoire qui doit mettre en application les recommandations de la Commission d’évaluation mise en place sous la présidence de Michel Martelly. Comment ce nouveau Conseil va-t-il procéder par rapport à ces différentes sollicitations dans ce court laps de temps ? Il n’est un secret pour personne que le 24 avril 2016, retenu dans l’accord du 5 février comme date pour le second tour de la présidentielle ainsi que les élections complémentaires, ne tient plus. L’institution électorale va-t-elle élaborer un calendrier électoral selon le vœu des diplomates étrangers en poste à Port-au-Prince sans tenir compte de l’enquête sur les élections du 25 octobre 2015 qui doit lever le voile sur ce scrutin ? Il est compréhensible de la part du candidat à la présidence du Parti Haïtien Tèt Kale, Jovenel Moïse, de mettre des bâtons dans les roues de l’institution électorale pour solliciter, conformément à l’accord du 5 février 2016, l’organisation du second tour de la présidentielle. Par contre, le groupe des 8 candidats à la présidence ainsi que le parti Fanmi Lavalas qui avaient toujours sollicité une enquête approfondie sur les élections du 25 octobre, peuvent continuer à demander que la lumière soit faite sur ces élections. Que décidera le président Privert ? Le timing entre l’enquête approfondie sur ces élections qui nécessitera des ressources humaines et un calendrier de réalisation ainsi que la mise en place d’un calendrier électoral seront à la base du désaccord entre la communauté internationale et les nouvelles autorités de Port-au-Prince. Choisi par le Parlement pour occuper la fonction de président provisoire, Jocelerme Privert sera, dans les prochains jours, entre l’enclume et le marteau. Va-t-il négocier un nouvel accord avec le Parlement afin de définir de nouveaux objectifs et un nouveau calendrier électoral ? La demande des diplomates étrangers sur l'organisation du second tour de la présidentielle dans les meilleurs délais et les préoccupations des parlementaires sur la commission d'enquête approfondie autour du scrutin du 25 octobre 2015 vont dans la même direction. Depuis le départ de Jean-Claude Duvalier pour l’exil en 1986, seuls les gouvernements provisoires parviennent à organiser des élections crédibles. Après Ertha Pascale Trouillot en 1990 et Bonniface Alexandre en 2006, Jocelerme Privert devient le troisième président provisoire qui doit marquer son passage dans le cadre du prochain scrutin. A la différence du président Jocelerme Privert, qui est à cheval entre les partis Fanmi Lavalas et Vérité Mme Trouillot et Me Alexandre n’étaient d’aucune chapelle politique. Ces deux anciens présidents provisoires avaient la latitude de laisser l’institution électorale provisoire organiser les opérations électorales en toute indépendance. Tel n’est pas le cas pour le président Jocelerme Privert qui n’est pas neutre, compte tenu de l’implication de la plupart des membres de son entourage dans le parti de l’ancien président René Préval. Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com