L’Alliance pour la gestion des risques et la continuité des activités (AGERCA) – qui travaille depuis 2007 avec le secteur des affaires et la société civile – a lancé, la semaine écoulée, une invitation au secteur privé pour l’entretenir des différents types de risques (météorologiques/climatiques, naturels, anthropiques, etc.) et surtout pour lui réitérer l’impérieuse nécessité de consentir des investissements dans la réduction des risques et catastrophes. « Pour un secteur privé résilient aux catastrophes », tel a été le thème retenu de ce minicolloque.
A première vue, écouter des experts prédire doctement que le potentiel sismique en Haïti est encore intact (et que les failles secondaires inconnues sont toutes aussi dangereuses que les failles identifiées) ou encore qu’Haïti, située sur la trajectoire des cyclones, peut être dévastée à tout moment, entre juin et novembre, par l’un d’entre eux, peut donner froid dans le dos.
Le secteur privé joue gros. Voir ses capitaux et des années d’efforts consentis engloutis du jour au lendemain reste et demeure le pire cauchemar pour tout investisseur et entrepreneur.
Au-delà des risques sismiques – décrits sans complaisance par l’ingénieur Claude Prépetit – ou encore environnementaux, intéressons-nous plutôt aux risques d'incendie. Cela paraît un peu curieux que les différents intervenants qui se sont succédé n’en ont pas pipé mot. Et quand un confrère y a fait allusion, cela a fait tilt dans l’assistance. Les images sanglantes de l’incendie de la station-service à Hinche, largement diffusées et commentées sur les réseaux sociaux, sont encore vivantes dans toutes les mémoires.
La ville de Hinche ne dispose pas d’un service incendie. C’est la première chose qui nous vient à l’esprit instantanément. Les villes qui en disposent ne sont en rien mieux loties que la ville de Hinche. Et les risques pour qu’un incendie se propage n’importe où et n’importe quand étant bien réels, on n’imagine même pas ce qui adviendrait si un incendie de cet acabit se déclarait en plein cœur de Pétion-Ville ou de Delmas.
Au cas où cela arriverait, nous n’aurions qu’à croiser nos doigts et implorer la bonté divine. En cas d’incendie, dans n’importe quel pays structuré, donner l'alerte (c’est-à-dire la transmission du message vers les services de secours publics) est un pur réflexe. Chez nous, c’est l’affaire du voisinage. Chaque riverain s’arme d’un seau et se débrouille comme il peut. En attendant que les services d’incendie arrivent. Au cas où ils arriveraient…
De plus, aux dires du professeur Evens Emmanuel, vice-recteur à la recherche à l’Université Quisqueya, spécialiste des questions environnementales, depuis 1987, il n’y a pas assez d’eau dans la zone métropolitaine pour que les sapeurs-pompiers s’en servent en cas de besoin. Les bouches d’incendie - destinées à raccorder les tuyaux de ces derniers – ont, depuis belle lurette, disparu du paysage. Or, ils doivent impérativement être visibles et accessibles en toute circonstance.
Quid de l’état de délabrement dans lequel se trouvent les casernes de pompier ? De combien de camions citernes disposent nos sapeurs-pompiers ? Dans quelles conditions exercent nos valeureux sapeurs-pompiers ? Sont-ils bien rénumérés pour leur travail déjà ingrat?
Autant de questions qui n’ont pas pu trouver des réponses, hélas, car la présentation touchait à sa fin. Ce qui nous a un peu laissé sur notre faim aussi. Beaucoup d’autres questions sont restées pendantes. On voit de nos jours des constructions de plus en plus coûteuses dans la capitale. Ces récents investissements – que ce soit dans le secteur hôtelier ou autre – ont-ils pris en compte les risques d’incendie ?
La prise en compte du risque incendie en prévention est essentielle pour éviter la fermeture temporaire ou définitive de toute entreprise à la suite d'un sinistre. Car le nombre de victimes directes (morts, brûlés, intoxiqués par les fumées) peut être très relativement faible, mais pas le risque économique qui, par contre, peut s’avérer très élevé.
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