Comme le général qui nommait des militaires, le prêtre qui plaçait des gens d’Église, le chanteur qui casait ses amis de l’industrie musicale, le sénateur fait de la place pour des élus. Ce vendredi, deux éminentes figures de la vie parlementaire ont pris fonction. Le président provisoire Jocelerme Privert paie ses dettes envers ses semblables.
L’ancien député de Léogâne, Danton Léger, est devenu commissaire du gouvernement. L’avocat, anciennement dans la magistrature avant son passage au Parlement, a pour mission de protéger la société. Le procès Brandt lui tombe dans les bras et il est celui qui, dorénavant, va lancer la poursuite dans l’aire métropolitaine. Une responsabilité et un pouvoir immense pour cet habitué de l'émission Ranmase de Radio Caraïbes qui devra agir plus que parler pour laisser sa trace au parquet.
François Anick Joseph, sénateur de l’Artibonite jusqu’à ce matin, a été installé ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales. A ce titre, Anick Joseph rejoint le gouvernement Jean-Charles et aura la haute main sur les communes de la République, ce maillage au cœur de toute élection. Si le Conseil électoral de Léopold Berlanger ne décide pas de donner suite aux élections municipales inachevées du CEP de Pierre-Louis Opont, le père épiscopalien Joseph proposera des agents exécutifs intérimaires pour remplacer ceux de Michel Martelly.
Après avoir placé des ministres, les parlementaires prennent des postes. Il se dit que les directions générales intéressent la corporation des élus, actuels et passés. La lettre de support d’un ensemble de députés au choix de Tolbert Alexis au poste de directeur général de l’Office national d’assurance-vieillesse (ONA) a défrayé la chronique cette semaine. Les élus ne cotisent pas à ce fonds de pension mais ils l’adorent. L’ONA, souvent, sert de vache à lait pour les hommes au pouvoir qui coupent et arrachent des pans entiers du patrimoine de ceux qui suent sang et eau pour y cotiser.
Tolbert Alexis a, dit-il, renoncé à ce poste, mais combien de députés, de sénateurs, anciens, actuels ou à venir rêvent de prendre l’Etat à la hussarde ?
Gouverner avec et en faveur de sa tribu, de son ethnie, de sa corporation n’est jamais une bonne solution pour un pays, pour une nation. Quand les parlementaires veulent toutes les responsabilités et toutes les fonctions, ils ne font que précipiter la chute de leur maison. Mais ne le leur dites pas. Ils risqueraient de faire ripaille plus vite.
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