Pays vulnérable, peuple résilient, on trouve ces qualificatifs dans la plupart des rapports ou dans d'autres documents rédigés sur Haïti ces dernières décennies. Pays vulnérable, oui, c’est un fait. Peuple résilient, oui, mais jusqu’où ? Ce qui est certain, le moindre accident ou chaque catastrophe naturelle rappelle à quel point on est précaire. A quel point aussi on est négligents, irresponsables. Irresponsables envers nous-mêmes.
Les dégâts causés le 17 mars dernier par l’incendie d’une station d'essence à Hinche – faisant au moins 12 morts et des dizaines de blessés – ont provoqué une sorte d’indignation au sein de la société civile. D'incessants et lassants débats se sont tenus dans la presse. Et après? D’autres chats à fouetter, le problème reste entier. La somme de tous les petits problèmes expose notre physionomie, notre façon de faire. Si spéciale à nous.
On savait qu’on avait un Etat pompier, impuissant. On savait également que beaucoup de nos villes de province n’étaient pas dotées de certains services en cas d’urgence. Qui aurait cru qu’on aurait toutes les peines du monde à maîtriser un incendie à Pétion-Ville, ville huppée de la région métropolitaine, devenue le centre des affaires du pays après le séisme du 12 janvier 2010 ?
L’image du jour montre des jeunes volontaires, munis de récipients en plastique, tentant de circonscrire le feu qui embrase l’hôtel Le Perroquet (ci-devant café Cubano), une quincaillerie et une résidence privée à l’angle des rues Villate et Lamarre, à Pétion-Ville. Insolite ? Pas vraiment. L’image est explicite. Tout simplement. Les sapeurs-pompiers, qui se sont déployés plus d’une heure après le début de l’incendie, ont été impuissants. Courageux mais dépassés.
Mais à quoi pouvait-on vraiment s’attendre quand l’on sait que le service d’incendie de Port-au-Prince ne dispose pas de trois camions fonctionnels pour les quelque trois millions d’habitants de la zone métropolitaine ? Insolite, l’information. Beaucoup de nos routes qui ne sont pas tracées ou qui ne sont pas dotées de panneaux de signalisation sont tout aussi insolites. C’est aussi vrai pour des véhicules équipés de grands projecteurs le soir aveuglant les conducteurs dans nos rues au vu et au su du Service de la circulation. N’est-ce pas là une forme de vulnérabilité mentale ? Quand on peut vivre dans une telle fragilité, on est « résilients ».
La résilience a évidemment ses limites. Surtout quand on n’est à l’abri de rien. La moindre goutte de pluie peut causer des inondations dévastatrices, mais on ne se le rappelle qu’à chaque nouvelle catastrophe. En 2016, certains problèmes devraient être derrière nous. L’incendie de ce lundi met à nu les faiblesses de notre système de sécurité publique ainsi que notre faible capacité à répondre à la moindre urgence.
Combien de dizaines de millions de dollars nous faut-il pour doter au moins chaque département d’un service d'incendie fonctionnel, voire efficace ? Problème d’argent ? Quand est-ce qu’on décidera enfin de définir nos principales priorités ? Certes, l’exercice peut paraître difficile tant elles sont nombreuses. Les débats reprendront au prochain incendie, à la prochaine inondation ou au prochain accident meurtrier qu'on pouvait peut-être éviter...
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