Ma mésaventure remonte à plus d'un mois. Plus d'un mois depuis que ma chère esthéticienne improvisée a chassé mes boucles et mis fin à mes rêves d'afros, de puff... Des semaines se sont écoulées pendant lesquelles j'ai été partagée entre l'idée de me raser totalement le crâne et celle de me fermer les yeux et d'attendre que mes cheveux repoussent. Jusqu'à présent, la deuxième option semble l'emporter. Je me donne la peine de tracer une raie sur le devant de ma tête au moins de fois par semaine, histoire d'examiner les éventuelles repousses. Mais à chaque fois, je sors de cette vérification encore plus abattue qu'avant. Car tous les problèmes semblent m'être tombés dessus d'un coup.
D'un côté, il y a ma teinture... oui, celle qui sans avoir atteint mes objectifs m'avait fait tant plaisir, qui se détériore au fil des lavages. Je crains de la revitaliser en raison de l'état de mes cheveux déjà fragilisés par la dernière application de mon ''texturisateur''. Ne tentons tout de même pas le diable. D'un autre côté, je dois vivre avec la quasi inexistence de mes boucles et regarder pendre mes cheveux après que j'ai utilisé de généreuses quantités de crème coiffante dans l'espoir d'en tirer quelque chose. Mais le pire est que j'ai aussi l'impression que mes cheveux ont simplement arrêté de pousser. Et si je refusais de le reconnaître à travers mes régulières séances de vérification, je ne pouvais ignorer pendant encore longtemps les regards consternés de mon entourage.
D'ailleurs une de mes amies a finalement pris son courage à deux mains pour me dire : "M pa konprann cheve w yo menm, apa yo pa janm pouse ?!" À moi de répondre, la mort dans l'âme : "Mais oui, ma chère, ils ne poussent plus depuis quelque temps." Bien sûr, mille et un conseils m'ont été transmis sur le champ et une nouvelle liste de produits à acheter m'a été confiée. Mais dans la liste, il n'y avait aucun remède contre la lassitude, la déception et ce sentiment d'impuissance qui commençaient à poindre. Une autre de mes amies, qui est elle aussi passée par là, m'a dit que les cheveux arrêtaient de pousser à un moment donné et que je devais simplement les ignorer. Une autre encore m'a fait comprendre que je devais cesser de les coiffer... "Pa mete peny ladan yo ditou, epi w ap wè", m'a-t-elle dit sur le ton de la confidence. Ces deux conseils n'ont pas eu sur moi l'effet escompté. Le premier n'avait, selon moi, rien pour me remonter le moral. Et quant au second, il me laissait carrément perplexe. Je tâchais de me coiffer une fois par jour et faire entrer un peigne dans mon peu de cheveux tenait toujours du prodige. Alors si je devais passer des jours sans les peigner, commencez par imaginer le tableau avant même de penser à autre chose...
Ne vous méprenez pas, je n'ai rien contre les conseils. Je suis toujours intéressée à écouter les expériences capillaires des filles que je rencontre. D'ailleurs, ne pas vouloir parler cheveux quand justement on n'en a pas ou quand on est étiquetée naturel serait plutôt insensé. Il y aura toujours cette inconnue croisée au hasard des rayons d'un supermarché qui vous abordera avec un "vos cheveux sont jolis" et qui tentera par la suite de vous soutirer votre routine ou de vous imposer ses produits. Dix mois que j'ai rejoint ce monde et je ne m'y suis toujours pas habituée ! Mais pour le moment, je pense que je serais désespérée assez pour tenter un traitement transmis par une quelconque naturalista rencontrée à 2 heures du matin dans un bar.
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