La rumeur était forte. Elle parlait avec insistance d’une probable visite du président Jocelerme Privert en République dominicaine, à Santiago de los Caballeros, ce 17 avril, pour célébrer l’amitié haïtiano-dominicaine et rencontrer le chef de l’État dominicain Danilo Medina. Elle est démentie, même si tout laisse croire qu’il y avait fumée et feu. Un ministre de son gouvernement était attendu en République dominicaine. Jessy C. Petit-Frère, ministre des Haïtiens vivant à l’étranger, devait intervenir, le mercredi 13 avril, dans un colloque, membre d’un panel sur les relations haïtiano-dominicaines et la diaspora. On ne sait pas, aucun communiqué officiel ne l'a signalé, si la ministre s’est bien rendue à Barahona. Ce qui est avéré, ce mercredi 13 avril, un ministre haïtien du gouvernement Privert s’est bien rendu en République dominicaine et pas des moindres. Il s’agit de Pierrot Délienne, ministre des Affaires étrangères et des Cultes. Cette visite ressuscite officiellement les relations entre les deux pays qui étaient au point mort ces derniers mois. Le ministère des Affaires étrangères et des Cultes a sorti un communiqué pour préciser que la visite s’est tenue sur l'invitation du ministre des Relations extérieures de la République dominicaine, Andrès Navarro. Selon la littérature de circonstance, « cette visite a permis aux deux chanceliers d’initier un dialogue politique dans la perspective de la redynamisation des relations entre les deux pays. Ils ont réalisé un large tour d’horizon de toutes les questions d’intérêt pour les deux États ». Les échanges ont porté, notamment, sur les thématiques suivantes : la reprise du dialogue haïtiano-dominicain ; l’évolution et la mise en œuvre du Programme national de régularisation des étrangers en situation migratoire irrégulière en République dominicaine ; les relations commerciales entre la République d’Haïti et la République dominicaine ; L’état d’avancement des travaux de la Commission mixte haïtiano-dominicaine ; la situation des étudiants haïtiens en République dominicaine. « À l’issue de la rencontre, les deux chanceliers ont convenu de la nécessité d’une relance immédiate des sessions de travail des sous-commissions techniques de la Commission mixte à l’effet d’assurer le suivi des engagements bilatéraux et de produire des recommandations de nature à éclairer les décisions des deux gouvernements sur les domaines d’activités inscrits à l’agenda bilatéral», conclut la note de la chancellerie haïtienne. Depuis près de vingt-cinq ans, des rencontres de ce type se sont tenues et se sont achevées sur les mêmes promesses. Les commissions mixtes, les sous-commissions techniques et les groupes de travail se sont multipliés pour accoucher même pas de souris, mais de simples espérances. Si on met de côté le fait que le ministre haïtien des Affaires étrangères est déjà à son deuxième voyage chez nos voisins (il y était le 1er avril, avait rencontré son homologue Andrès Navarro et la relance de la Commission mixte était déjà annoncée), si on minimise l’impair de reprendre le dialogue chez les Dominicains au lieu de le faire sur terrain neutre, si on ignore la gaffe de ne même pas mentionner dans le communiqué la date retenue pour une visite en Haïti du chancelier dominicain, si on fait abstraction des principes d’égalité entre les États et du devoir de réciprocité, il faut bien qu’on demande ce qui se passe. Après la supplique de parlementaires haïtiens pour la levée de l’interdiction des importations de 23 produits dominicains par la frontière terrestre, c’est la diplomatie haïtienne qui s’emballe. Avons-nous, sous le leadership du tandem Privert-Jean-Charles, déjà défini les lignes de notre politique vis-à-vis de notre plus proche partenaire ? Ou allons-nous, comme du temps de la présidence de Michel Martelly, continuer à jouer au yoyo avec nos voisins, nos intérêts et l’avenir de nos compatriotes installés en République dominicaine ? Haïti et la République dominicaine se retrouvent, c’est très bien. Mais pour faire quoi de bien, de bon et de durable ?