Pour avoir pris naissance au XIXe siècle, Le Nouvelliste, au XXIe siècle, traîne après lui une longue expérience des choses haïtiennes et un ensemble de responsabilités que son grand âge lui impose. A la veille de notre 118e anniversaire, nous avons jugé bon de jeter un regard en arrière pour mieux évaluer les espérances des temps à venir. Si aujourd’hui le journal est dans votre téléphone grâce à des applications mobiles sur Apple et Android, l’édito d’anniversaire de l'édition du 1er mai 1986 annonçait l’arrivée de l’informatique et des premiers ordinateurs dans les locaux du Nouvelliste, ce journal « né à la fin du siècle dernier, à l’époque où il était le premier organe de presse d’Haïti à être relié au monde par le ''câble télégraphique''. Il y a dix ans, la chute de l’éditorial du 1er mai 2006 dévoilait que le site www.lenouvelliste.com allait permettre de lire le journal en ligne. Comme en 1986, permettez-nous de vous redire que « si les moyens techniques ont évolué, s’ils sont devenus plus sophistiqués, l’idéal qui a toujours été le nôtre n’a point changé ». Au Nouvelliste, « les générations se succèdent, elles apportent leur contribution à l’édifice, en y imprimant leur manque propre mais elles tiennent à coller à cette ligne tracée par les fondateurs, à cette tradition d’excellence à laquelle elles essaient d’être fidèles comme à cette philosophie qui privilégie la modération, le sens de la mesure, l’intérêt de la collectivité ». En 1996, l’éditorial du 1er mai soulignait qu’au Nouvelliste « Nous avons vu passer une trentaine de chefs d’État et une trentaine de gouvernements. Nous avons vécu plus d’une quinzaine de prises d’armes, d’insurrections, de ‘’révolutions’’ de commotions. Nous avons connu treize coups d’État peut-être davantage de tentatives... Nous avons vécu deux occupations étrangères. Toutes ces statistiques ont progressé depuis les vingt ans qui nous séparent de ce texte et pas toujours pour le meilleur, mais votre journal continue de faire son travail de journal et nous pouvons dire comme il y a vingt ans : « Nous avons écouté, nous avons relayé, nous avons fait passer le souffle des attentes, la colère des besoins et le délire de l’espoir, quand ce n’est simplement celui de la vague espérance » et nous allons continuer de le faire, un journaliste après l’autre reprenant le flambeau que toute une chaîne de femmes et d’hommes se passent depuis 1898 dans cette maison. Les secrets de la longévité du Nouvelliste demeurent les mêmes depuis le lancement du journal et nous nous félicitons encore d’éviter, de refuser les querelles partisanes et éphémères pour nous attacher à ce que nous croyons être l’intérêt national. Nos années à venir, nous espérons les vivre à notre manière, dans notre manière, frappant du pied quand il est indiqué et possible de le faire et pour répéter l’autre, n’attendant pas qu’on nous oblige à tous nous taire pour le faire, pour reprendre une belle formule vieille de vingt ans. « Témoins de près d’un siècle de drames et de tragédies, témoins de la dégradation active du pays que nous tous, d’une manière ou d’une autre, avons contribué à mettre en lambeau, nous lançons un appel à la raison, à l’intelligence et à la compétence. À la paix... C’est résolument tournés vers l’avenir que nous célébrons aujourd’hui nos 98 ans. Le passé, nous l’avons déjà fait. L’histoire, nous l’écrivons chaque jour. Aussi ne ménageons-nous aucun effort afin d’offrir un produit de plus en plus amélioré. Nos colonnes restent ouvertes à tous les secteurs de l’Opinion, dans le cadre d’un apport démocratique où les convictions –nous insistons- sont exprimées avec correction et respect d’autrui», disaient les responsables du journal en 1996. Si, souvent pour le 1er mai, l’éditorial parle du journal, de son engagement et des avancées qui seront mises au service des lecteurs, il arrive aussi que le texte de notre anniversaire insiste sur les problèmes du pays. Oyez plutôt !!! « Peut-on parler de relance économique, de relance du secteur touristique sans l’élaboration et l’exécution d’un programme minimum d’assainissement de base en Haïti ? » « Est-il possible une relance du secteur touristique sans la consolidation, la revalorisation, la protection de notre patrimoine historique et culturel ? » Ces questions sont d’actualité même si elles sont extraites d’un texte qui date du 1er mai 2006. L’éditorial poursuivait plus loin : « Le Nouvelliste, pour ses 108 ans, choisit de faire de la politique. De la bonne politique, celle qui consiste à poser (pour porter à les résoudre) les problèmes d’Haïti qui s’expriment au travers d’un effritement de l’autorité de l’État, d’un dépérissement (et dans bien des cas d’une disparition complète) de nos institutions, de la corruption des mœurs et des valeurs, de la banalisation du crime, de la déprédation des biens de l’État, notamment de l’environnement, d’une insouciance dans la fourniture des services de base aux citoyens, dans la gestion et le contrôle de nos frontières... » On ne vous parle pas d’aujourd’hui mais d’hier et quand hier et aujourd’hui se ressemblent comme deux gouttes d’eau d’un même verre, c’est le signe que le mal est profond. Que souhaiter pour nos 118 ans ? D’abord bienvenue aux deux nouveaux organes de la presse écrite, Le National et Challenge, qui rejoignent la liste des publications qui visent à informer les lecteurs ; courage aux nombreux organes de la presse radiotélévisée ; clairvoyance aux acteurs des réseaux sociaux et du Web qui se cherchent une place dans le monde de l’information. Plus qu’hier, l’avantage de l’âge donne au Nouvelliste le droit de le dire à tous, ce pays a besoin d’informations sur tous les sujets et jamais les organes de presse, sous quel que soit le support, ne seront de trop. Plus qu’hier également, ce pays, notre pays, a besoin de formation pour que les informations soient utiles et n’alimentent pas sans fin le cercle de l’incompréhension. Ce 1er mai 2016 ramène le 118e anniversaire du journal Le Nouvelliste. En cette occasion, il nous plaît de souhaiter à tous nos abonnés, à tous nos commanditaires, à tous nos lecteurs, à tous nos employés nos vœux les meilleurs pour la nouvelle année qui commence. La rédaction s’associe à la direction du Nouvelliste, à Max E. Chauvet et à Pierre Chauvet Fils, les propriétaires, pour vous assurer, encore une fois, des meilleurs sentiments de Le Nouvelliste, votre journal.