Parlez-nous des débuts de votre aventure musicale. Nous avons été introduits aux techniques de mixage dès un très jeune âge grâce à notre oncle qui est propriétaire d’une station de radio très connue sur la bande FM. On peut dire que nous avons appris de la vieille école. De là s’est développée notre passion pour le « House Music » à la fin des années 90 où nous étions encore à l’école secondaire. Puis au début des années 2000, les logiciels de production musicale et de dj tels que Fruity Loops et Atomix ont fait leur apparition, ce qui pour des adolescents passionnés de musique électronique à l’aube du nouveau millénaire fut une révélation. Adieu tourne-disques et disque compact et bonjour le format MP3 et les synthétiseurs. C’est ainsi que Cédric se découvre une nouvelle passion pour la production musicale. Quelques années passent et nous nous retrouvons à l’université. Atomix est maintenant devenu Virtual Dj et les versions de Fruity Loops se succèdent sur le laptop de Cedric. Nous habitons le même appartement et mixer chez nous le soir après les cours deviens comme une sorte de compétition quotidienne. Le « House Music » a évolué et s’est divisé en une multitude de catégories que nous explorons (Techno, Trance, Progressive house, Deep House, Minimal, Drum and Bass). Nous découvrons ainsi les artistes qui vont influencer nos préférences musicales tels que Daft Punk, Sweedish House Mafia, Fedde Le Grand et Dr Kutcho. De retour en Haïti, la musique n’est plus qu’un hobby car nous sommes tous deux des professionnels dans nos carrières respectives avec un emploi du temps chargé. Nous animons des soirées une fois en passant, sur demande d’amis proches. Cependant, faire de la musique est une routine quotidienne pour Cédric qui perfectionne ses techniques de production de musique électronique. C’est durant l’année 2013 que nous avons découvert un nouveau style de musique électronique, le « Afro House », encore inconnu du grand public à l’époque. Nous sommes tout de suite charmés par les éléments de cette nouvelle tendance qui est si proche de la notre culture, et c’est ainsi qu’un soir en décembre de cette année-là, une idée commence à germer : et si nous mélangions un rythme d’afro house à une musique konpa classique ? L’idée nous plaît et nous nous mettons au travail sur le champ. Trois heures après, nous avions terminé notre première production en tandem : "Adrienne (DZgot Afrodized Remix)". C’est ainsi que DZgot fut créé. Quel est le style que vous prônez ? Pourquoi en avoir fait le choix ? Nous ignorons si nous pouvons nous attribuer un style particulier en ce moment. Il est vrai que nos productions sont majoritairement à tendance Afro House, mais elles ne s’arrêtent pas là. Chacune d’entre elles est différente : certaines sont plus influencées par une musique compas, tandis que d’autres sont des adaptations de musique traditionnelle. Notre répertoire est extrêmement variable. Nous partons toujours d’une idée qui par la suite peut ou non se transformer en une musique complète selon l’inspiration du moment. Quelles sont vos principales sources d’inspiration ? L’inspiration est souvent aléatoire, elle peut provenir d’une chanson à la radio ou d’un classique que nous aimerions remettre d’actualité. Elle peut surgir d’un son sur lequel l’un de nous tombe par hasard lors d’une session ; ou elle peut encore venir d’une idée d’une tierce partie. Sur ce point, nous ne nous faisons pas trop de soucis et nous n’allons pas chercher à nous casser la tête. L’inspiration est un feeling. Quels sont jusqu’à date les grands moments de votre carrière de dj professionnels ? Nous pourrions citer le succès fulgurant de notre remix de "Adrienne" de L’orchestre Tropicana d’Haïti, nos prestations tant appréciées dans les soirées telles que "Vivid" (Wahoo Bay, 2014), "Afro Reggae" (Oasis, 2014), "Amazonia" (L’Infini, 2015) et plusieurs autres au Yanvalou. Nous avons eu la chance d’être affichés aux côtés de grands noms nationaux tels que Gardy Guirault, Stuba, TonyMix, Rocksteady, Steezy, Bullet, K9, Mr Smoke, Michael Brun – ce dernier de grande renommée internationale – et tant d’autres encore. Cela a toujours été une expérience incroyable à chaque fois. Aussi, le fait d’avoir pu aider toute une nouvelle génération à découvrir certains classiques de l’orchestre Tropicana d’Haïti qui dans le cas contraire auraient été classé comme « mizik granmoun » à leurs yeux. Le public nous découvre encore, mais les grands moments continueront à venir. Avez-vous réalisé des collaborations ? Nous avons eu l’opportunité de travailler avec plusieurs artistes de la place, notamment avec nos amis de Nòmal Records (Jonathan St-Dic et AlCol) dont vous connaissez certainement le remix à succès, "K**yen Nòmal”, le hit de leur compilation “Tribute to Sweet Micky”. Nous avons aussi collaboré avec Joël du groupe Akoustik et Patrice Cavé sur notre music “W’ale”. D’autres collabos sont en cours et vous aurez le plaisir très prochainement d'en découvrir les résultats. Quels sont vos objectifs ? Nous voulons apporter notre contribution à cette facette de la musique haïtienne, explorer toute les possibilités de développer et/ou améliorer les genres existant et peut-être même créer une nouvelle tendance, avec des caractéristiques sonores fondées sur les bases de notre culture musicale. Quels sont vos projets ? Nous souhaitons pouvoir continuer à produire des morceaux qui seront appréciés du public haïtien, pas seulement des jeunes mais aussi de la génération de nos parents qui ont été l’inspiration à la base de ce que nous sommes aujourd’hui. La culture musicale haïtienne est extrêmement riche et nous espérons pouvoir continuer à nous en inspirer, permettre à tout le monde de continuer de danser et faire découvrir notre son au monde entier.