Sur la longue liste des situations anormales que nous vivons sans y prêter grande attention, trois faits se détachent du lot. Le rectorat de l’Université d’État d’Haïti est pris en otage depuis des semaines par des personnes qui protestent contre la réalisation d’élections pour remplacer les élus qui dirigent l’UEH ; les médecins des hôpitaux publics sont à leur septième semaine de grève ; des aspirants militaires ont pris d’assaut le ministère de la Défense pendant quelques heures, ce lundi 9 mai. Dans une actualité qui nous apprend à nous accommoder de toutes les situations, ces trois épisodes sont de la petite bière, mais comme pour les puissantes médecines ce n’est pas la taille du comprimé qui lui donne son effet mais bien les molécules qu’il renferme. Dans les trois cas cités plus haut, les menaces pour l’avenir des institutions concernées sont grandes et graves. Que des militaires ou des hommes qui aspirent à le devenir, dans un pays qui a dû se défaire de son armée dans les conditions que nous connaissons, il y a plus de vingt ans, estiment que la meilleure façon de se mettre au service de la nation est d’occuper le ministère dont ils relèvent sans annonce ni sommation est une défaite de l’intelligence. Dans la carrière naissante de ces futurs militaires, quelles traces va laisser leur action du 9 mai ? Cette insubordination ou cette rébellion est de mauvais augure. Les médecins des hôpitaux publics ne sont pas logés à meilleure enseigne. Les malades désertent des centres de santé, où, par leur faute, on confond la conjugaison de l’abject avec des revendications légitimes encore une fois parce que toute stratégie est absente de l’action de nos médecins. Par leur façon de faire, sans respect pour les malades, les docteurs plombent leur propre cause. Doit-on passer tant d’années à poursuivre des études et un idéal pour en arriver là? La nouvelle crise à l’Université d'État d’Haïti est comme un miroir de ce que pondent nos militaires et nos médecins. Depuis trente ans, l’ex-première université du pays s’arrange avec tous les mauvais sorts pour dévaloriser son statut, démolir sa réputation et pénaliser les étudiants qui fréquentent ses salles de cours. En trente ans, de crise en crise, de mauvaises solutions en fuite en avant, l’UEH a grandi en nombre et régressé en esprit. Quels sont les buts et la finalité de ce centre d’enseignement qui devait former ou reformer les cadres qui dirigent la nation ? Personne ne le sait, mais tout le monde constate qu'il fait meilleur étudier ailleurs. Si nos médecins diplômés, nos gendarmes formés à l’extérieur et nos universitaires les plus qualifiés ne peuvent pas trouver le bon chemin pour résoudre les problèmes qui les concernent au premier chef, que pouvons-nous attendre d’eux ? Que peut espérer le pays de moutons qui se rêvent en loup ? Ne nous leurrons pas. Le ver mange le fruit depuis des années. Un jour, il ne restera plus rien.