La Commission Ethique et Anticorruption du Sénat de la République poursuit son enquête sur la gestion des fonds PetroCaribe de 2008 à 2015. Pendant plusieurs semaines, les membres de la Commission ont auditionné des anciens Premiers ministres, des anciens ministres de l’Economie et des Finances, ceux de la Planification et les anciens directeurs généraux du Bureau de monétisation du programme d’aide au développement (Bmpad). Pour la première fois depuis le départ de Jean-Claude Duvalier en 1986, une Commission sénatoriale s’est lancée dans un dossier de si grande envergure en vue de faire la lumière sur la gestion des fonds PetroCaribe. L’achat du matériel du Centre national des équipements en 2009, pour la somme de 197 millions de dollars, sous la présidence de René Préval et les révélations de l’ancien Premier ministre Garry Conille, en février 2012, sur l’attribution de plusieurs contrats à des firmes dominicaines par l’ancien Premier ministre Jean-Max Bellerive pour un montant d’environ 380 millions de dollars sont les deux indices qui justifient l’importance de cette enquête sénatoriale.
Cette première étape franchie par la Commission dans le cadre de son travail se rèvèle judicieuse. Ces anciens ordonnateurs ont fourni à la Commission des pistes pouvant la guider à réaliser une vraie enquête sur la gestion des fonds PetroCaribe. Les résolutions prises en Conseil des ministres, permettant de réaliser des projets sur la base de contrats signés avec des firmes haïtiennes et étrangères, ont permis de comprendre la procédure tracée depuis l’administration Préval jusqu’à celle de Michel Martelly. L’audition de l’ex-ministre de la Planification et de la Coopération externe Yves Germain Joseph, a permis à la Commission de s’informer du contrat passé entre le Ministère de la Planification et de la Coopération externe et la firme GTC Construction pour un montant de 22 millions de dollars pour la construction de 18 km de route reliant la route de Fermathe en passant par Soisson pour aboutir à l’Académie de Frères. Selon l’ancien ministre, la firme a reçu du MPCE 21 millions de dollars alors que seuls 8 km de route ont été réalisés. Le ministre révèle qu’un nouveau contrat a été signé par le MPCE avec la même firme pour un montant de 45 millions de dollars sur le même tronçon, mais avec quatre voies. Dans un document préparé par le gouvernement Lamothe, paru en décembre 2014, intitulé « La transformation d’Haïti à travers les grands travaux de reconstruction avec les fonds PetroCaribe», il est écrit que ce projet est exécuté à 90%. Qui du ministre ou du gouvernement Lamothe dit la vérité sur ce contrat ?
Cette révélation du ministre Germain doit permettre à la Commission de franchir la phase opérationnelle de l’enquête qui consiste à vérifier que les 275 projets exécutés par ces firmes entre 2008 et 2015 ont été réalisés en Haïti. Selon les informations fournies par Michaël Lecorps, ex-directeur du Bureau de monétisation du programme d’aide au développement (BMPAD), 1milliard 669 millions 549 000 dollars et 39 centimes ont été décaissés à partir de 10 résolutions adoptées en Conseil des ministres.
Cette enquête sénatoriale menée par la Commission Ethique et Anticorruption pourra-t-elle permettre de faire la lumière sur l’utilisation des fonds PetroCaribe de 2008 à 2015 ?
Lemoine Bonneau
lbonneau@lenouvelliste.com
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