Une grève de médecins résidents paralyse depuis tantôt deux mois la plupart des centres hospitaliers publics du pays. Six semaines depuis que les grévistes, qui réclament entre autres de meilleures conditions de travail, une augmentation de salaire (frais de service), restent fermes sur leur position. Six semaines aussi depuis que les autorités publiques, notamment le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), font semblant de ne pas comprendre l’ampleur d’une telle crise. Tout cela au péril des malades abandonnés dans les hôpitaux, notamment à l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti, communément appelé Hôpital général, considéré comme le plus grand centre hospitalier du pays. En termes de capacité d’accueil ? Sinon le plus grand centre hospitalier d’un pays ne serait pas traité ainsi avec des murs qui ne sont pas peints depuis des lustres, des problèmes de matériel en permanence, de mauvaises conditions de travail…
On ne sait pas combien de décès ce mouvement de grève a provoqués. On ne le saura jamais. On ne sait pas non plus combien de patients sont morts peut-être en silence à l’Hôpital général (et dans d’autres hôpitaux publics) faute de matériels. Si l’on peut croire les témoignages de plusieurs grévistes formés aux frais de l’Etat haïtien. Aux frais des contribuables qui payent pour la plupart les pots cassés de cette grève. Les médecins résidents devaient-ils persister dans leur mouvement ? Ils répondraient que le MSPP, qui s’accommodait au mutisme, n’aurait pas acheminé un lot de matériels et d’intrants à l’Hôpital général, le jeudi 12 mai. Quel en sera l’usage ? Quel suivi ? Il faudra attendre.
L’art de perdre du temps, nous le maîtrisons à merveille. Aussi bien que celui de faire semblant. Faire semblant de résoudre nos petits problèmes avant qu’ils soient plus compliqués à résoudre. L’art de faire semblant de panser des petites plaies avant qu’elles s’enveniment. Les crises dérangent les uns et arrangent les autres.
Avec son mandat de 120 jours, on ne s’attendait pas à des miracles de la part du président Jocelerme Privert dont la principale mission est de poursuivre le processus électoral. Une responsabilité que M. Privert a, semble-t-il, oubliée. Le chef de l’Etat provisoire donne l’impression qu’il a un mandat de cinq ans comme son prédécesseur Michel Martelly tant il perd du temps.
En plus de trente ans de mauvaise gouvernance, d'Aristide à Préval en passant par Martelly, nous n’arrivons toujours pas à résoudre certains problèmes élémentaires. Un chariot élévateur tombé d’une remorque au niveau du pont de Croix-des-Missions ce jeudi a paralysé la circulation pendant toute une journée et une nuit. On savait que l’on ne pouvait pas éteindre la moindre étincelle dans certaines zones en cas d’incendie. On savait aussi que la plupart de nos artères ne disposaient pas (plus) de feux de signalisation. On ne savait pas que des évadés de prison et autres criminels pouvaient arriver à intégrer la police nationale malgré l’alerte du RNDDH. On ne savait pas surtout que les autorités mettaient plus d’une journée pour enlever un chariot sur un pont.
Entre-temps, les nominations se multiplient dans l’administration publique. Comme sous Martelly. Une pratique que le président provisoire avait critiquée, arguant que les finances publiques étaient dans une situation alarmante. Comme souvent, nous ne faisons que perdre du temps ou faire semblant.
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