Comme cela nous arrive périodiquement, il est temps de relever le salaire minimum. L’inflation, la décote de la gourde et tous les ingrédients en ébullition dans la marmite sociale imposent ce choix. Bien entendu, certains, très rares, voudraient que l’on abaisse le salaire plancher, mais cela ne s’est jamais vu. Comme les prix, les salaires grimpent. Les deux ne pratiquent que ce mouvement. Pour défendre leurs intérêts, des patrons, ayant voix au chapitre, au moment de déterminer jusqu’à quel montant sera fixé le salaire minimum, cherchent à influencer la décision des autorités. Dans le même temps des syndicats organisent des manifestations pour revendiquer l’augmentation optimale du salaire journalier. Eux aussi cherchent à avoir l’oreille des politiques. Comme d’habitude, c’est le secteur de la sous-traitance qui est en pointe dans les deux extrémités de la lutte. Ceux qui ont des revenus garantis en dollars américains veulent le beurre, le lait, la vache et la laitière. Ceux qui n’ont que leur sueur rêvent de pouvoir être en mesure de payer le coût de la reproduction de leur force de travail. Dans le journal du jour, en une de cette édition, trois voix apportent le regard de trois patrons sur la question. Fernando Capellan, citoyen dominicain, patron de la plus grande entreprise du secteur de la sous-traitance en Haïti, le parc industriel CODEVI à Ouanaminthe, souhaite 280 gourdes pour ses près de dix mille employés. A la tête d’implantations modernes et socialement tres avancées, le patron de CODEVI prêche la préservation d’une bonne image de la destination Haïti. Réginald Boulos, patron des patrons haïtiens, même quand il n’exerce aucun mandat électif confié par ses pairs, prêche pour le respect des recommandations du Conseil supérieur des salaires. Cette institution, qui rassemble le secteur privé, les syndicats et le gouvernement, n’a pas la réputation de regrouper des excités des augmentations. Boulos est pour les 300 gourdes recommandées par le CSS. Il ne va pas plus loin. Pour le président de l’ADIH, c’est déjà trop. L'ADIH, par le biais de Georges Sassine, président de l’Association des Industries d’Haïti (ADIH), dont la voix est confondue avec celle des acteurs du secteur de la sous-traitance tant les autres secteurs sont inaudibles, est pour un salaire minimum de 265 gourdes pour 8 heures de travail. Avec force détails, Sassine voit un avenir noir pour l’économie haïtienne si le salaire minimum passe à 300 gourdes. Avec un tel discours, il est dans la droite ligne des argumentaires de propriétaires de factories à chaque fois qu’il faut réviser les coûts du travail. Quel est le salaire idéal dans la sous-traitance ? Pourquoi la sous-traitance se présente-t-elle toujours comme le plus fragile des secteurs de l’économie nationale ? Pourquoi les employeurs qui revendiquent plus de quarante mille emplois dans leurs usines ne sont-ils jamais proactifs, ne devancent jamais la question du salaire avant qu’elle ne devienne l’apanage du gouvernement ou des manifestations ? Pourquoi aucune factory ne peut se montrer comme une vitrine des avancées sociales comme CODEVI le fait ? Pour certains, la sous-traitance devrait payer les ouvriers en dollars après avoir fixé un barème qui s’applique à ses usines. La grille salariale en devise pourrait rester en vigueur 3, 4, 5 ans pour donner de la prédictibilité aux investisseurs. Les ouvriers seraient débarrassés du risque de change. Les patrons se laveraient de tout soupçon de spéculation contre la gourde. Plus de cinquante ans après l’arrivée des grandes factories dans le pays, n’est-il pas temps que patrons et ouvriers trouvent des terrains d’entente durables et se mettent à chercher comment créer les centaines de milliers d’emplois qu’on nous fait miroiter à longueur de promesses et une meilleure image des premiers employeurs d’Haïti et de vraies meilleures conditions de travail pour les employés ?