Face aux agitations qui secouent ces derniers jours l’industrie de la sous-traitance, Fernando Capellan, très remonté, est sorti de ses gonds pour fustiger des comportements irresponsables qui, selon lui, tuent toutes les possibilités pour créer des emplois. « C’est une honte vu toutes les énormes opportunités dont Haïti dispose pour créer une quantité massive d'emplois », a pesté le chef d’entreprise dominicain joint au téléphone vendredi soir. « Les grèves et tout ce qui se passe actuellement dans le secteur vont effrayer les clients et emmener les investisseurs hors d'Haïti […] Les syndicats doivent comprendre que la grève va se retourner contre les travailleurs », a déclaré un Fernando Capellan dépité. S’il reconnaît que le salaire minimum doit augmenter sur la base de l'inflation, il n’écarte pas la possibilité qu’un salaire trop élevé fasse sortir Haïti de la concurrence. Pour Capellan, le salaire n’est pas le principal problème. Il revendique un salaire minimum de 280 gourdes pour les ouvriers et estime que l'augmentation du salaire au fur et à mesure est la clé. « En ce moment, le marché américain est très soft. La demande est très faible et Haïti, qui va de grève en grève, ne fait qu’effrayer les clients », avertit Capellan, qui, simultanément, préconise la mise en place de mécanismes de dialogue. « Les syndicats doivent dialoguer d'abord et faire les grèves ensuite », poursuit-il. Mercredi dernier, les ouvriers de certaines compagnies, dont ISIS Apparel, Primium, GSM et Frairway, réclamant un salaire minimum de 500 gourdes, ont non seulement occupé le macadam, mais ont également obligé ceux de la SONAPI à rejoindre leur mouvement de protestation. L’Association des industriels d’Haïti (ADIH), dans un communiqué, s’est dit scandalisée et qualifie le comportement des manifestants, lors de la journée du mercredi 11 mai, d’actes terroristes. Dimanche dernier, rapporte au journal Capellan, deux syndicats dans le Parc industriel de Caracol se sont tirés dessus. « C’est fou, dit-il, un client qui voit cela va se retirer à coup sûr. C'est de l'autodestruction. » Le lundi 9 mai dernier, des responsables de la compagnie S&H Global S.A à Caracol ont été victimes d’agression. Préoccupé, informe un communiqué émanant du bureau de la présidence, le chef de l’Etat, Jocelerme Privert, a passé des instructions aux autorités concernées afin de prendre les dispositions nécessaires pour identifier et sanctionner les responsables de ce forfait. Toujours selon le communiqué, les mesures de sécurité seront renforcées dans le périmètre du parc de Caracol, situé entre Quartier Morin et Ouanaminthe. Des dispositions ont été prises également pour faciliter et sécuriser le trajet des véhicules assurant le transport des produits du parc industriel afin d’éviter toutes tentatives de rançonnement sur les convois. « Je dois dire que je suis très triste à cause de toutes ces bêtises. Très triste pour beaucoup de gens qui ont vraiment besoin d'un emploi et qui ne vont pas pouvoir l’obtenir à cause de toute cette folie », fulmine le patron de Groupo M, propriétaire du parc CODEVI, à Ouanaminthe. Quand vous avez 1000 personnes, prévient-il, qui cherchent un emploi en face de vos usines, cela vous donne une idée de la nécessité d'avoir la paix et de chercher les moyens pour obtenir des emplois pour toutes ces personnes. « La réputation d’Haïti est mauvaise car les investisseurs ont besoin de prévisibilité […] Si vous ne pouvez pas expédier les marchandises à temps, c’est dévastateur », explique l’homme d’affaires, qui se dit extrêmement préoccupé par la façon dont les choses se déroulent actuellement. « Nos clients sont très concernés et les commandes sont en baisse », souligne-t-il. Sans vouloir jouer les Cassandre, l’ADIH, dans son communiqué, s’est tout de même demandée, tout en respectant le droit de tout un chacun de manifester, au cas où ces actes de protestation persistent, si le pays peut se permettre le luxe de perdre plus de 4000 emplois. Pour le moment, confie Capellan, tout va bien à CODEVI mais, dit-il, quand Haïti se retrouve en difficulté, nos clients ont peur. « Ils pensent que nous ne serons pas en mesure d'expédier leurs produits et réduisent du même coup les commandes », essaie de faire comprendre le propriétaire de CODEVI, le plus grand employeur privé du pays, qui table sur 10 000 ouvriers d’ici la fin de l'année. « Mais si les choses vont de cette façon ce sera difficile d’atteindre ce but », met en garde le businessman dominicain, qui craint que cette situation de panique ne vienne perturber la construction des nouvelles usines et des microparcs.