Des universitaires bien intentionnés reprochent aux dirigeants de l’Université d’Etat d’Haïti de ne pas détenir de doctorat. De ne pas être à la hauteur pour diriger une institution qui forme des docteurs, de ne pas avoir la légitimité de signer dans leur diplôme. Sur cette base et d’autres, ils contestent les dernières élections au sein de l’UEH. Contester une élection est un sport national. N’enlevons pas aux universitaires ce droit, mais arrêtons-nous un instant sur l’obligation qui est faite à tous ceux qui acceptent de participer à un processus électoral de ne pas demander de changer les règles en cours de route. Un processus électoral n’est pas l’égal d’une course en tap-tap au-cours de laquelle on peut dire kanpe pou mwen nenpòt ki bò… Quand une élection ou un championnat se tient sous l’égide d’une loi, d’un texte ou d’un règlement qui en dispose, il est léger de contester les règles pour la simple et bonne raison que l’on ne peut pas gagner. Il faut le dire aux étudiants et aux professeurs même si on se retrouve à contester toute élection, toute compétition en Haïti, dans ces conditions-là. La case élection, nous la ratons depuis l’école jusque dans les associations. Nous ne tenons pas d’élection, nous ne renouvelons pas les leaderships, nous refusons la contestation et le changement. Nous sommes toujours prêts au pire, à perdre un temps fou, sous prétexte d’en gagner, de gagner par des moyens détournés si la victoire nous échappe. Nous pervertissons l’esprit de compétition et les vertus de l’émulation. Pour ce qu’il est des docteurs, l’Université d’Etat d’Haïti décerne ce grade universitaire depuis peu. Ceux qui ont créé les conditions pour que les étudiants haïtiens deviennent docteurs ne l’étaient pas eux-mêmes. Grâce à leur travail, un jour, il existera une masse critique de diplômés du troisième cycle qui occupera naturellement les directions des facultés et siégeront au rectorat. Il faut simplement laisser du temps au temps et permettre aux diplômes de prendre la patine de l’expérience. Mais voilà, nous sommes impatiens, excellons à être de petits intelligents qui, comme Bouki condamné à un an et un jour de prison, s’évadent au 365e jour de détention. Nous sommes pressés. Qui aujourd’hui à l’Université d’Etat d’Haïti a un palmarès de succès et de réussite dans un domaine ou l’autre, à la tête d’une faculté ou d’un département, pour s’estimer à la hauteur de faire mieux que ses aînés ? Personne ne pose la question en ces termes. Ce n’est pas l’excellence le but visé. C’est dommage que la situation que nous vivons à tous les postes électifs, au niveau de l'Etat, se retrouve aussi dans le temple du savoir. Devinez la suite…