Tout doucement, nous entrons dans la transition, chaque jour un peu plus.
Après la publication du rapport de la Commission indépendante d'évaluation et de vérification électorale (CIEVE), nous n’avons plus de date qui tienne. On va essayer de faire pour le mieux, pour ressusciter, au plus vite, le processus démocratique. Cela prendra le temps qu’il faudra, même si le président Jocelerme Privert n’imagine pas le pays se lever en 2017 sans un président élu.
Déjà, le Conseil électoral annonce qu’il lui faudra un délai jusqu’au 6 juin pour présenter le calendrier électoral attendu pour ce mardi 31 mai. Rien ne dit que le calendrier ou le rapport de la CIEVE lui-même ne sera pas contesté. Ce qui repoussera encore les délais…
Ce lundi 30 mai, la publication du rapport de la Commission indépendante d'évaluation et de vérification électorale, en soulignant de graves failles, enterre en grande pompe et avec classe ce qui restait des élections de 2015.
Si le président de la Commission, François Benoît, a été assez poli pour dire qu’il faut « au moins » reprendre la présidentielle à zéro, tout le monde a compris que ses remarques sur les bureaux de vote, sur le personnel de ce maillon essentiel de la chaîne des élections, sur les cartes électorales, sur le rôle néfaste des mandataires et sur d’autres pièces maîtresses du processus électoral entachent toutes nos élections de 2015.
Le Parlement n’a la vie sauve ou un sursis que parce qu’il est la source du pouvoir du président Jocelerme Privert. Les députés et les sénateurs devront filer doux et droit pour ne pas provoquer la chute de l’immense épée de Damoclès qui pend au-dessus de leur fauteuil branlant. Certains élus devront retourner un jour devant le BCEN, le rapport de plus de 100 pages de la Commission le préconise.
Le rapport de la Commission d’évaluation et de vérification électorale fera des heureux, des malheureux et des déçus. La leçon à en tirer est de tout évaluer, tout le temps, à toutes les étapes, pour ne plus être obligé de reprendre à zero ce qui aurait pu être redressé plus tôt si les remarques et les critiques avaient été pris en compte.
Le pays, la communauté internationale, les candidats et les organisateurs des dernières élections, tout le monde va payer dans les mois qui viennent le prix de leur sourde oreille plus cher que le prix des fautes réelles. La confiance dans le processus électoral aura besoin de remontant et de fortifiant. L’envie de demander recomptage, évaluation et vérification va faire des petits qu’il faudra apprendre à gérer.
Ce 30 mai, Haïti a fait un pas important. On ne sait pas encore si c’est dans le sens du renforcement de la démocratisation ou de son affaiblissement. Aujourd’hui plus qu’hier, plus qu’en 2015, il faut un pacte de gouvernance démocratique. Il faut un accord sur l’essentiel. Il faut une commission pour changer notre logiciel électoral.
Ricardo Seitenfus avait écrit, bien avant le rapport de la Commission, que « sans une réforme profonde et véritable du système électoral haïtien, étape initiale d’un processus de changement politique qui mènerait à la signature d’un Pacte de libertés et garanties démocratiques, la stabilité politique d’Haïti est impossible ». Ah ! qu’il avait raison, le Brésilien!
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