Avec le rapport de la Commission indépendante d’évaluation et de vérification électorale (CIEVE) et les auditions de la commission Ethique et Anticorruption du Sénat sur la gestion des fonds PetroCaribe, nous avons une petite idée de la gestion du pays. C’est peut-être la pointe de l’iceberg que nous voyons dans ces deux cas qui exposent au grand jour les gâchis administratifs et la corruption qui caractérisent la gestion des institutions publiques.
Le rapport de la CIEVE expose des faits graves. Les preuves qu’on exigeait de ceux qui dénonçaient des fraudes massives lors de la journée électorale du 25 octobre sont documentées. Le gros du travail reste cependant à faire. La Commission n'a pas répondu à la question essentielle. Qui sont les coupables de la débâcle électorale du 25 octobre dernier? Qui se chargera de fixer les responsabilités ? Faut-il s’attendre à la formation d’une autre commission ? Pas étonnant si cela arrive, car nous sommes passés maîtres dans l'art de créer des commissions. Peut-on compter sur le système judiciaire pour continuer le travail de la CIEVE ? Il est plus facile de croire qu’on ne connaîtra jamais les coupables. Car, ici il n’y a jamais de coupable. Tout le monde est d’accord que ça va mal, mais le bilan de tous est positif. Tout le monde part avec le sentiment du devoir accompli.
Ailleurs, les conclusions du rapport de la CIEVE provoqueraient de l’indignation, une réaction citoyenne. Les citoyens demanderaient des comptes. Ici, on y trouve un sujet de raillerie. A défaut d’exprimer notre ras-le-bol, on rit sur les réseaux sociaux. Comme les chèques zombis, les votes zombis ne nous étonnent pas. En attendant le prochain scandale, la vie continue.
Le rapport de la CIEVE est applaudi par certains et rejeté par d’autres. A travers le rapport, ceux qui n’ont pas été voter trouvent une bonne raison de se donner bonne conscience. Pourtant, ils oublient qu’ils avaient laissé les zombis, les morts voter à leur place. Le rapport de la CIEVE donne aux autorités haïtiennes, celles d’hier et d’aujourd’hui, à la classe politique, aux élus issus des élections du 9 août et du 25 octobre 2015 un miroir pour se regarder. Tous ceux qui n’avaient pas joué leur rôle – les médias pour n’avoir pas assez fait leur travail de chien de garde, les citoyens pour être restés chez eux, les mandataires pour n’avoir pas été assez vigilants, pour ne citer que ceux-là – ils doivent tous considérer ce rapport comme le résultat de leur manquement.
Collectivement, nous payons ou nous allons payer les conséquences de ce processus électoral gâché. Déjà, le temps et l’énergie que nous devons consacrer à la recherche de solutions à nos graves problèmes sont consommés par la crise politique. Entre-temps, la misère des plus pauvres s’accentue et l’écart avec nos voisins se creuse.
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