Un communiqué portant la signature du gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), Jean Baden Dubois, informe que l’institution, à l’issue de la réunion de son Comité de politique monétaire (CPM) en date du 6 juin 2016, vient d’adopter un ensemble de mesures. Ces mesures consistent notamment en une baisse de 2% sur les bons BRH pour les différentes maturités ainsi qu’en une exonération de réserves obligatoires sur les ressources utilisées par les banques pour octroyer des prêts au secteur agricole. Pour l’économiste Kesner Pharel, qui commentait ces mesures pour la rédaction, la BRH a fait le pari de rendre le crédit plus disponible. « C’est exactement un changement de politique », a lâché l’économiste joint au téléphone en fin d’après-midi. Kesner Pharel explique que ces mesures sont prises par la BRH après que, l’année dernière, elle a été contrainte d’augmenter de manière considérable le taux de réserve obligatoire afin de stabiliser le dollar par rapport à la gourde. Ainsi, pour les bons BRH, les taux sur les échéances de 91 jours, 28 jours et 7 jours passent de 16%, 12% et 10% à respectivement 14%, 10% et 8%. « L’actuelle stabilité relative du taux de change permet à la BRH de baisser ses taux permettant ainsi aux banques commerciales d’avoir plus de facilité pour accorder des prêts », fait remarquer le P.D.G. de Group Croissance. Par ailleurs, l’économiste tient à souligner que notre taux d’inflation, en constante augmentation, 15,2% en rythme annuel pour avril dernier, ne permet pas à la banque centrale d’abaisser davantage ses taux. « Le taux d’inflation est un indicateur dont la BRH se sert pour savoir quel type de politique monétaire appliqué », a-t-il fait savoir. Le secteur hôtelier ainsi que les entreprises agricoles et d’élevage sont directement ciblés par ces mesures. La BRH veut que plus d’argent aille au secteur agricole, au secteur hôtelier, analyse Pharel qui voit dans ces dispositions une incitation faite aux banques commerciales pour qu’elles octroient plus de crédit à l’agriculture. Toutefois, prévient-il, ces incitatifs ne signifient pas que les banques commerciales, ipso facto, vont répandre du crédit à tout va. « Les clients doivent présenter des projets sérieux », avertit Kesner Pharel, pour qui la Banque centrale, par cette décision, fait abstraction de la situation politique actuelle empreinte d’instabilité résultant d’un processus électoral interminable. Antérieurement à ce communiqué rendu public le 8 juin, la BRH avait signé avec le ministère de l’Économie et des Finances, le 20 avril dernier, un accord l’autorisant à faire la gestion du cash management aux fins de stabiliser la gourde et de contenir l’inflation.