Le pouvoir n’a jamais autant donné le vertige que ces derniers jours que le pays se cherche un exécutif et que l’exécutif se cherche un mandat. Les derniers en date qui sont sortis du bois sont les honorables membres du pouvoir judiciaire en la personne de Me Jules Cantave, président de la Cour de cassation et président du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ). Les juges et les avocats se verraient bien à la tête du pays. Tout au moins avoir leur mot à dire dans le concert des décisions. Malheureusement, la révision de la Constitution de 1987, telle que promulguée par le président Michel Martelly, leur enlève cette prérogative. Le premier des juges n’est plus le vice-président virtuel de la République et même quand il l’était, la fonction ne tombait jamais automatiquement dans l’escarcelle de ceux qui en rêvaient les yeux ouverts toute la journée. Ertha Pascal Trouillot, Joseph Nérette, Emile Jonassaint, Boniface Alexandre, juges devenus présidents, n’avaient pas battu leur corps pour parvenir à la magistrature suprême de la République. Autre pouvoir qui tergiverse et s’anime, le pouvoir parlementaire. Cette semaine, entre signature et déni de signature, empressements et reculades, assemblées non tenues et déclarations précipitées, députés et sénateurs ont donné toute la mesure de leur appétit et étalé leur capacité à faire de mauvais calculs. Vrais maîtres du jeu, plus souvent qu’à leur tour, ils ont oublié d’aller sur le terrain de la salle de séance, là où l’action doit se passer. Nos parlementaires donnent l’impression qu’après avoir fait les quatre cent coups depuis janvier 2016, ils sont en train d'emprunter le chemin qui les perdra. Dernier pouvoir sur le grill et en ébullition, l’exécutif. En signant en tant que chef du Conseil supérieur de la police nationale (CSPN) le couvre-feu qui ne disait pas son nom, lequel a permis de mater la nuit la plus longue que préparait Evans Paul et le PHTK, en s’asseyant aux côtés du président Jocelerme Privert lors de sa déclaration à la nation pour confirmer qu’il reste en poste, le Premier ministre Enex Jean-Charles a lié son sort à celui qui l’avait choisi pour en faire son chef de gouvernement. Le PM Jean-Charles enlève du même coup une option de choix aux adversaires de Privert. Pour le moment, le gouvernement a deux têtes solitaires. Les appels à la sédition de l’Entente démocratique ou des sénateurs de AAA ou du juge Cantave n’ont pas séduit Enex Jean-Charles. Mardi, si le quorum est atteint, le Parlement, réuni en Assemblée nationale, ne pourra que constater la fin du mandat de Jocelerme Privert comme cela fut le cas le 7 février 2016 pour Michel Martelly et décider de le prolonger ou pas dans un accommodement de l’accord signé par Michel Martelly ou en inventant une nouvelle formule. Pas question de donner un nouveau mandat au président provisoire, la Constitution de la République ne reconnaît pas ce cas de figure. Tout président ayant fait un mandat peut être réélu, mais jamais se succéder à lui-même. En Haïti, pouvoir et opposition se trompent toujours, plus qu’ailleurs, sur leurs forces, leurs poids, leurs atouts et même sur leurs faiblesses. Leur chemin n’est pourtant que pavé d’oranges mûres qui tombent en temps et lieu et d’épluchures de mangue qui font chuter les plus belles ambitions.