La séance en Assemblée nationale tant attendue n’a pas eu lieu ce mardi. Les parlementaires sont partis avant l’appel nominal quand des manifestants ont arrosé d’une pluie de pierres la cour du Parlement.
Le contingent de la Police nationale et les centaines de gardes armés postés en barrage, entre eux et les dizaines de manifestants, ne les ont pas suffisamment rassurés.
Rendez-vous est pris dans huit jours ou à la prochaine convocation.
En attendant, le sort de l’exécutif n’est pas fixé. Le président Jocelerme Privert cherche encore un mandat clair. Ses adversaires ne disposent pas encore de la quantité de voix requise pour imposer leur choix. La guerre de positions va se poursuivre.
Le pays, comme on attend lors des minutes de prolongation d’un match, le but décisif ou la séance des tirs aux buts, pour départager les protagonistes, devra prendre ses maux en patience.
Sans surprise, les bourses mondiales n’ont pas bougé à l’annonce de cette nouvelle déconvenue du processus démocratique haïtien. Le marché local est resté stable. La gourde a perdu quelques centimes face au dollar sans que personne puisse établir le lien entre sa lente et irrémédiable dégringolade et cet incident précis survenu au Parlement, mardi.
Cela fait plusieurs siècles que les bourses mondiales ne s’inquiètent pas de l’actualité haïtienne. Le marché local a ses propres mécanismes d’autorégulation déconnectés de la politique et la gourde n’est plus une monnaie de référence pour ceux qui ont de l’argent ici ; la force de travail d’Haïti se trouve à l’étranger, l’épargne nationale se calfeutre en devise dans les coffres des banques et ceux qui n’en ont pas ont aussi peu hier qu’aujourd’hui.
Si les économistes ne s’inquiètent pas plus de nos feuilletons politiques, socle de notre stabilité dans la contreperformance chronique, les analystes finiront-ils par se poser la question: pourquoi Haïti a-t-elle un si grand nombre d’acteurs bons à faire de mauvaises choses ?
Depuis des mois et des mois, à chaque échéance politique connue, nous sommes à côté de la plaque. Regardez le Parlement. Quand enfin on s’entend sur la tenue d’une séance, si les parlementaires sont présents, c’est la sécurité qui fait défaut. Quand les conditions sécuritaires sont réunies, il n’y a pas de quorum. Quand la majorité est en place et la sûreté des lieux acquise, nos élus ne peuvent s’entendre sur l’agenda.
Qui va demander « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? », comme l’écrivait Charles Perrault dans son conte La Barbe Bleue ?
Qui va chanter du Michel Sardou :
« Sœur Anne, si tu ne vois rien venir,
Ou tu es sourde, ou tu es folle »?
Par nos abstentions, nos silences, nos maladresses, nous construisons avec nos politiciens des liens de plus en plus fragiles, des échafaudages si ténus que rien ne pourra être construit sur le sable de nos attentes stériles.
A agrandir chaque jour le labyrinthe de nos désaccords, on n'en sortira pas.
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