En 2016, l’an 212e de l’Indépendance, il est navrant, rageant même, de constater que nous échouons à construire le pays dans lequel nous voulons vivre et que nous souhaitons léguer à nos descendants. Nos bêtises, nos impérities et notre mauvaise foi vont en s’accumulant et dépassent l’entendement. La dernière en date concerne les tirs à l’arme lourde essuyés par plusieurs grandes entreprises commerciales de la capitale. Peu avant l’aube, les façades de Dicigel, de l’hôtel Marriott, de la Natcom, du siège social de la Sogebank, de Berhmann Motors et d'Automeca, les plus grands contribuables du pays, ont été criblées de balles.
Ce n’est pas la première fois que de tels incidents se produisent. Au début du mois, des actes de vandalisme, des attaques armées, des incendies et des tentatives d’incendie ont été enregistrés un peu partout à travers la capitale et ont particulièrement visé des stations d'essence.
Quelques jours auparavant, des individus en treillis militaires ont assauté le quartier général de la police des Cayes. Bilan, un mort dans le camp de la Police, un mort dans le camp des assaillants et plusieurs armes lourdes emportées. Aujourd'hui encore, les autorités n'arrivent pas à faire la lumière sur la destination de ces armes ni sur les vrais mobiles de cette attaque.
Sans verser dans d’inextricables procès d’intention, nous peinons à trouver une explication rationnelle à ces actes de vandalisme. À part faire fuir les maigres investissements, réclamés à cor et à cri, et que le pays arrive difficilement à attirer. La Digicel paie plus de taxes à l'État que toutes les collectivités territoriales du pays, Port-au-Prince non incluse. L’hôtel Marriott à lui seul représente 43,2% des 104 millions de dollars américains d’investissements directs étrangers captés par Haïti en 2015.
Au niveau local, ce n’est guère mieux. Les recettes réalisées dans nos collectivités sont maigres. Pour l’exercice écoulé, les 10 communes ayant collecté le plus de recettes propres arrivent tout juste à mobiliser 34 millions de dollars, dont moins de 10 millions pour Delmas qui est en tête de ce classement et un demi-million pour Jacmel qui ferme la marche. Considérée pendant longtemps comme la deuxième ville du pays, Cap-Haïtien, gardien jaloux des plus beaux patrimoines historiques du pays et fleuron de l’industrie touristique, n’a pas été en mesure de collecter 1 million de dollars de recettes propres.
Au milieu de cette catastrophe systémique planifiée, les signaux envoyés par le Parlement ne sont guère encourageants. Englués dans la politique politicienne et dans un bras de fer stérile - pour le pays – entre eux et avec l’exécutif pour le maintien ou non de Jocelerme Privert au pouvoir, les parlementaires, leur tête dans le guidon, n’ont toujours pas tenu séance pour voter la loi de finances rectificative 2014-2015. L’université, cet espace de débat qui devrait entamer des réflexions scientifiques pour proposer des alternatives viables, patauge dans un mutisme assourdissant, en proie elle-même à une crise interminable.
Entre-temps, l’activité économique est prisonnière des velléités génocidaires des politiciens haïtiens qui, aujourd’hui plus jamais, s’affichent comme des génies du mal. Si ces derniers mettaient autant de dévouement à travailler au bien-être de la patrie commune, Haïti se rangerait déjà parmi les puissances du monde.
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