Les assassins continuent de tuer dans la ville. La sécurité des biens est devenue tout aussi délicate à assurer que celle des vies, surtout ces dernières semaines. Le dernier épisode: des individus armés non identifiés ont ouvert le feu dans la nuit du jeudi à vendredi sur plusieurs grandes entreprises commerciales à Port-au-Prince, notamment l’hôtel Marriott, la Digicel, la Natcom, Bermahn Motors, Automeca, la Sogebank à Delmas 30… Des attaques vraisemblablement coordonnées. Piqué au vif, le haut commandement de la police nationale a dû se réunir d'urgence vendredi avant d’annoncer l’ouverture d’une enquête.
Comme l’admet le P.D.G. de la Digicel, Maarten Boute, attaquer des entreprises commerciales, symboles de l’investissement étranger dans le pays, a un impact négatif sur Haïti. Les auteurs des actes le savent probablement, et c’est peut-être leur principal objectif.
Il y a quelques jours, des stations d’essence de la capitale ont subi des attaques un peu similaires alors qu’il y a moins de deux mois le commissariat de la ville des Cayes avait été également la cible d’une attaque armée au cours de laquelle un policier a été tué. Près de deux mois après, l’on ignore toujours les motifs de ces actes, et les auteurs, coauteurs ainsi que complices ne sont toujours pas identifiés. L’enquête de la police nationale se poursuit sans doute.
Outre ces attaques armées ciblées, les bandits circulant à moto continuent de tuer. Pierre Yves Elie, un technicien de la Digicel, qui revenait d’une banque commerciale, allonge la liste des victimes vendredi. Ce même vendredi, des cas de vol de véhicules ont été signalés à Port-au-Prince. Quel est le message dans ce tohu-bohu sociopolitique ? Qui détient le monopole de la violence ? Qui contrôle les armes ? Peu importe les réponses, ce qui est sûr, c'est que la machine de la peur ou de l’intimidation est en marche. L’imprudence serait de ne pas en mesurer l’ampleur, d'en minimiser les conséquences.
Comme d’habitude, de tels actes ne font que créer l’instabilité pour décourager les investisseurs haïtiens et étrangers et provoquer un climat de peur et de désespoir chez la population, la principale victime. Ces actes de vandalisme, comme le souligne la Chambre de commerce américaine, sont préjudiciables à la collectivité tout entière. La déstabilisation n’a jamais profité à la grande majorité. Une entreprise qui ferme ses portes renvoie automatiquement des gens, dont des chefs de foyer, au chômage et cela compromet la chance de certains enfants de poursuivre leurs études.
Depuis l’accession au pouvoir de Jocelerme Privert dont le mandat est arrivé à terme depuis le 14 juin, les attaques spectaculaires sont légion. Cependant, aucune des enquêtes diligentées par la police n’a encore abouti. Une police qui fait de son mieux malgré ses maigres ressources. Une police qui n’arrive pas à se protéger elle-même contre les bandits armés, tant des agents de l’institution sont tombés sous des balles assassines ces dernières années.
En attendant que les parlementaires se réunissent pour statuer sur le sort de Jocelerme Privert, on continue de nager en pleines turbulences politiques. La ville est livrée aux assassins de tout acabit prêts à tout pour défendre leurs intérêts. Et des citoyens paisibles continueront de tomber sous des balles des bandits. On condamnait, on condamne et on condamnera. A un certain moment, il va falloir condamner moins, pour agir plus.
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