La problématique des déchets représente un sujet qui préoccupe toutes les couches de la société haïtienne. Autant la préoccupation est grande et générale, autant les solutions font défaut. Tout au moins celles qui existent jusqu’à présent ne sont pas assez vulgarisées. C’est le pari que s’est lancé l’Association touristique haïtienne (ATH): répandre les solutions pour transformer les déchets en richesses, en organisant le 30 juin dernier sa première conférence-débat sur l'environnement sur le thème « Tourisme et environnement : pour une gestion responsable ».
D’entrée de jeu, le ministre de l’Environnement, Simon Dieuseul Desras, dans ses propos d'introduction, a admis que la problématique de la gestion des déchets solides n'est pas uniquement l’apanage de la société haïtienne. « C'est un corollaire de toute société », a-t-il reconnu. Cependant, dans les pays développés, le traitement des déchets ne constitue pas un problème véritable, par contre, dans les pays sous-développés, comme Haïti, il représente un lourd fardeau avec des conséquences néfastes sur le fonctionnement quotidien des collectivités.
Premier obstacle à une prise en charge efficace de ce secteur : l’impossibilité de dire avec exactitude la quantité de déchets produits au niveau du pays. Qu’à cela ne tienne ! Quelques entreprises, versées dans le recyclage, n’en prennent pas ombrage et se servent des déchets comme matières premières pour générer de la valeur ajoutée.
Wynne Farm, Anacaona, Tropical Recycling, Biocarburants d’Haïti, TDC Combustibles et Jedco utilisent les déchets comme matières premières pour présenter respectivement des solutions de recyclage des déchets organiques, des savons, des bouteilles en plastique, de l’huile végétale au biodiesel et de recyclage de l’huile moteur.
C’est le travail de fourmi de ces entreprises que l’ATH a entrepris de mettre en exergue lors de cette conférence-débat. Comment à partir de ces expériences pilotes attirer plus de solutions innovantes dans la gestion des déchets au bénéfice de la sauvegarde de l’environnement ?
En regardant de plus près les chiffres fournis par le ministre Desras, on constate que pas mal d’opportunités existent dans ce secteur. À titre d’exemple, près de 90% des ordures ménagères produites en Haïti sont biodégradables. Ainsi, ces déchets sont des sources potentielles de revenus, par la création d’entreprises pour produire de l’énergie à travers les briquettes, le biogaz; alimenter les plantes à travers le compost ou engrais organique; et servir de ressources à l’industrie à travers l'artisanat et les usines de transformation.
Il faut donc mettre en place un nouveau paradigme sur la gestion des déchets en Haïti. Formaliser autant que possible ce secteur abandonné à la débrouillardise de rue. L’agronome Jean André Victor suggère donc une prise en charge par le ministère de l’Environnement des fabricants de chaudière de Portail St Joseph qui utilisent des containers de boissons gazeuses ou fermentée, des artisans qui recyclent les pneus usagés au bas du centre-ville pour produire des amortisseurs, des artistes qui réutilisent les déchets électriques ou électroniques pour en tirer des objets d’art, des entreprises qui exportent les déchets plastiques, des unités de fabrication de compost et de fumier, etc.
Entre autres solutions, l’agronome Victor propose la privatisation de la gestion des déchets sous la supervision des mairies, un partenariat public/privé en mettant l’accent sur la participation du secteur hôtelier à la gestion des déchets et la mise en œuvre de la fiscalité écologique.
Ces solutions ne sont en rien exhaustives et le débat est loin d’être clos. La production globale des déchets dans le pays dépasse actuellement les cinq millions de tonnes. Rien qu’à Port-au-Prince, 6 000 m3 de déchets sont générés par jour et seulement 30% de ces déchets pour l’heure sont collectés.
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