Pour le moment, l’Office national assurance veillesse (ONA) devra prendre son mal en patience avant de recouvrer le montant total de 1 milliard 260 millions de gourdes prêté à l’État haïtien, entre le 25 septembre 2015 et le 21 janvier 2016. Au ministère de l’Economie et des Finances (MEF), a appris le journal d’une source, « on cherche, on cherche et on cherche » les traces de ce montant versé pour quatre prêts. « La faiblesse du dossier réside dans son exécution, en l'absence d’analyse préalable du dossier de créance par la direction de la dette », a confié off the record une source au MEF. Il n’y a que des lettres entre l’ex-ministre des finances Wilson Laleau et l’ex-directeur de l’ONA Emmanuel Ménard, mais aucun dossier préparé par la direction juridique comprenant entre autres le contrat et le protocole de remboursement, a soutenu cette source.
Concernant la dette de 500 000 000 de gourdes pour payer la firme Vorbe et Fils, la référence de la lettre a été donnée par un subalterne, pas par le directeur de la dette, a détaillé cette source. Au terme de recherches, un lot de factures de Vorbe et Fils a été retrouvé au ministère. En général, l’analyse des factures se fait avec le Ministère des travaux publics transport et communication (MTPTC) pour s’assurer que le paiement est fait correctement et pour le service fourni, a-t-elle indiqué, ajoutant que, pour la dette de 600 000 000 de gourdes pour les TPTC, il n’y a pas de dossier. Pour le moment, le MEF, établissant que des procédures n’ont pas été respectées, ne préjuge de rien. Le ministre Yves Bastien a écrit à l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) pour diligenter une enquête et on analyse les voies et moyens pour rembourser l’ONA, a dit cette source.
D’anciens assistants de l’ex-ministre de l’Economie et des Finances Wilson Laleau soutiennent que les dossiers en question sont au MEF. Le contraire « serait drôle », a expliqué l’un d’eux, Gérard Mathieu, porteur entre autres du PECEI, a fait parvenir au journal la copie d’une lettre (Ref DGTCP/DCP/SCC/BRH116/01-2016) du ministre Wilson Laleau au gouverneur de la BRH, Jean Baden Dubois, datée du 25 janvier 2016 « pour effectuer, à partir des disponibilités du compte 121-207-472/CSTD, le transfert de 70 000 000 de gourdes sur le 1660020695 de la BNC dont le bénéficiaire est la Coopérative d’épargne et de crédit des marchands haïtiens (COCHACEC). L’autre transfert de 30 000 000 de gourdes a été effectué au compte # 426 000 0034 (BNC) du bénéficiaire Coopérative d’épargne et de crédit de Malpasse (CECREM).
Marie José Boncoeur, responsable de la Coopérative d’épargne et de crédit des marchands haïtiens (COCHACEC), a confié au journal l’obtention des 70 000 000 de gourdes. L’argent est à la BNC. Une centaine de prêts ont été octroyés à des marchandes. Elles remboursent bien, a-t-elle indiqué. « Nous faisons de notre mieux pour bien gérer ce prêt, dans l’espoir d’avoir plus dans le futur », a indiqué Marie José Boncoeur.
Le journal a par ailleurs appris que le MEF s’est impliqué pour fournir l’argent des prestations légales aux ouvriers de DK Lee, cet homme d’affaires qui avait mis la clé sous la porte et pris la poudre d’escampette. « Je sais que de l’argent a été prêté de l’ONA pour régler tout ça », a confié off the record un syndicaliste. « Le parc industriel est un endroit très sensible. Il fallait payer au plus vite pour ne pas perturber les activités au parc l’an dernier », a-t-il dit sans connaître le montant du prêt contracté par l’État auprès de l’ONA. Pour régler ce problème c'est 60 000 000 de gourdes que l'ONA a prêté à l'Etat haïtien.
Off the record, un membre de CAOSS, Conseil d’administration des organismes de la sécurité, entité composée de 9 membres, trois de l’État, trois du salariat, trois du patronat, a confié son ignorance de la gestion de l’ONA par exemple. Le conseil d’administration n’est pas au courant de ces prêts, a-t-il indiqué. Dans la réalité, le conseil n’a aucune autorité sur la gestion de ces directeurs généraux qu’il ne nomme pas. « C’est le président de la République qui nomme le directeur de l’ONA. Celui-ci lui est redevable », a-t-il dit, appelant à des changements. L’actuel conseil apprend. Il empêche certaines dérives. Mais son action est assez limitée, avons nous appris. Le CAOSS n’a pas d’adresse, a-t-il illustré, soulignant que la société, les patrons, les employés, les contributeurs à l’ONA ne devraient pas être passifs, doivent exiger plus de transparence et une gestion efficiente de cette institution.
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