Alors que l’essentiel de l’échiquier politique haïtien, à travers 27 candidats à la présidence, s’est inscrit pour participer à la reprise de la présidentielle prévue pour le 9 octobre prochain, le gouvernement de Barack Obama a lancé un pavé dans la marre ce jeudi : pas un dollar US ne sera donné pour financer les prochaines élections.
L’information était connue des milieux intéressés depuis plus d’une semaine, mais elle a eu son petit effet. Les Etats-Unis d’Amérique, pour avoir déjà donné pour les élections de 2015, ne vont pas recommencer à le faire cette année parce que le conseil électoral de Léopold Berlanger a décidé de remettre les compteurs de la présidentielle à zéro, suivant en cela les recommandations de la Commission Indépendante d’Évaluation et de Vérification Électorale.
Financièrement, la décision américaine n’est pas une catastrophe. L’argent de Washington, un rapport établi par un groupe de recherche américain l’a encore démontré il y a peu, ne sert que les projets américains pendant notre période électorale. D’ailleurs, le gouvernement haïtien avait-il sollicité la générosité de nos grands amis ? Rien ne porte à le croire.
Jocelerme Privert a toujours dit que toute aide est la bienvenue, mais qu’Haïti doit pouvoir financer ses élections.
Cela dit, la catastrophe peut être dans la suite. Dans le message que ce retrait américain dans nos élections de 2016 charrie et dans son interprétation par les uns et les autres.
Recourir à des fonds propres haïtiens pour payer la facture des élections risque aussi d’ouvrir la porte à des élections à l’haïtienne où on tronquerait le rôle du Blanc par celui du pouvoir en place dans une nouvelle version de « celui qui paie décide ».
La déconvenue des Etats-Unis dans les élections de 2015 vient du fait qu’au-delà de financer ils voulaient, comme en 2010, orienter le destin de nos élections. Aucun gouvernement haïtien ne doit se mettre en tête que le retrait des Etats-Unis ou de tout ou partie de la communauté internationale du financement électoral lui donne carte blanche pour remplacer les Blancs dans le rôle du donneur d’ordre final.
Le désistement des Américains fait suite à la décision de l’Union européenne de mettre fin à sa mission d’observation électorale, il y a quelques semaines. Dans les deux cas, les motivations officielles sont les mêmes : tout était bien dans le processus électoral de 2015, comment Haïti peut-elle décider de le reprendre et ainsi dénigrer leur jugement d’experts?
Personne ne devrait se réjouir de la sortie de l’Union européenne et des Etats-Unis de nos affaires électorales. Ils ont déjà assez joué avec notre destin dans le passé pour qu’on s’inquiète de l’avenir qui se dessine avec leur apparente disparition de la scène.
Avec ou sans l’appui de nos puissants amis, les élections de 2016 s’annoncent compliquées et pas un signal de fumée à l’horizon n’indique que la diplomatie haïtienne va prendre ou a pris son bâton de pèlerin pour expliquer aux partenaires d’Haïti la vision haïtienne du processus démocratique en panne dans le pays et les options de solutions retenues.
Nos difficultés à compléter nos élections depuis celles déjà boiteuses de 2010 cachent un mal plus profond pour lequel ni le gouvernement haïtien, ni l’organisme électoral, ni la classe politique, ni la société civile ne cherchent de remèdes appropriés. Ce n’est pas sain.
Depuis octobre 2015, beaucoup d’acteurs ont perdu la face dans nos affaires électorales, combien d’entre eux vont tendre des embuscades sur la route des prochaines élections ?
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