Le Nouvelliste : Faites-nous un résumé du déroulement du séminaire animé par un expert étranger ? Shogun Igor André : En décembre 2015, nous avons pris la décision de faire entrer un expert pour un séminaire d’aikido qu’on a baptisé « Aikido Masters ». Nous avons fait le choix du sensei Alejandro Dominguez, 5e dan. Il est le directeur technique Aikikai Republica Dominica, l’organisme qui régit la pratique de l’Aikido style Aikikai sur toute l’étendue du territoire dominicain. Comme il est mon professeur et que techniquement c’est lui que nous suivons, c’est naturel que notre choix soit porté sur lui pour cette grande première. «Aikido Masters», s’est déroulé pendant 3 jours, du vendredi 1er au dimanche 3 juillet, à la salle Kathlea de l’hôtel Karibe à Juvénat. Nous avons reçu la visite de plusieurs grandes figures du monde martial haïtien dont le shihan Lionel Robert Abellard 7e dan de Karate Shotokan, pionnier du Shotokan en Haïti et président directeur technique de l’Association haïtienne de Karate Traditionnel (AHKT) et de Léo Cartright, 5e dan de Taekwondo et l’un des pionniers de cet art martial coréen en Haïti. LN : Êtes-vous satisfait du déroulement de cette formation? SIA : Oui, ce séminaire a pour nous une grande valeur symbolique. Tout d’abord, c’est la première fois qu’un maître reconnu par l’« Aikikai Hombu Dojo » de Tokyo au Japon (la maison mère de l’Aikido dans le monde) vient faire un séminaire en Haïti. Ce séminaire a été sanctionné par shihan Yoshimitsu Yamada, 8e dan et élève direct du fondateur de l’Aikido. Ce séminaire marque aussi le lancement de la « Haïti Aikikai », le centre officiel pour la pratique de l’Aikido style Aikikai en Haïti, et c’est à partir de ce noyau que la vulgarisation de l’Aikido va se faire dans le pays. Dojodai Haïti Aikikai est déjà reconnu par plusieurs instances internationales dont Aikido Sansuikai International, organisme qui régit la pratique de l’aikido dans cet hémisphère, dirigé par shihan Yoshimitsu Yamada et par Aikikai République dominicaine dirigé par sensei Alejandro Dominguez 5e dan dont je suis l’élève et dont nous suivons les recommandations afin qu’Haïti Aikikai puisse développer la pratique de l’Aikido. Je voudrais féliciter d’une façon tout à fait spéciale Aurélie Cristini qui a participé normalement aux 3 jours de séminaire d’Aikido alors qu’elle était enceinte de 7 mois et 2 semaines et Nouel Delacruz âgé de 75 ans qui, lui aussi, a pu participer sans problèmes à cette activité. Ceci montre bien que l’Aikido est vraiment un art martial non violent accessible à tous. LN : Combien de pratiquants haïtiens d’Aikido ont pris part à cette formation ? SIA : À part l’expert Alejandro Dominguez qui dirigeait le séminaire, nous étions 13 en tout sur le tapis à participer à cette première édition «d’Aikido Masters» (12 Haïtiens et 1 Dominicain). LN : Et les étrangers ceux de l’étranger qui avaient manifesté leur désir de venir en Haïti ? SIA : Plusieurs autres pratiquants venant de Puerto Rico, États-Unis, Cuba, Canada, République dominicaine avaient manifesté le désir de prendre part à cet évènement, mais ils ont tous désisté au fur et à mesure que la date du séminaire approchait. Mais comme dans tout ce que l’on réalise, surtout lorsqu’on innove, tout le monde n’est pas toujours capable d’appréhender l’idéal qu’on désire matérialiser. La réussite de cette première édition convaincra les sceptiques de participer en plus grand nombre l’année prochaine. LN : Les sponsors ont-ils répondu à vos démarches pour le financement ? SIA : Oui : Digicel, Malta H (Brasserie nationale), La Perle S.A. et la Fondation Dojodai nous ont donné un support financier et Karibe Hotel, Across The Universe Foundation, Le Transporteur, GraphCity, Design by Jude et la Fédération nationale de Karate d’Haïti (FNKH) nous ont donné un soutien logistique inestimable. LN : À partir de ce séminaire comment Dojodai va-t-il travailler pour la promotion de la pratique de l’Aikido ? SIA : Le fondateur de l’aikido, Morihei Ueshiba, disait : « Blesser un adversaire c’est se blesser soi-même. Contrôler une agression sans infliger de blessure, c’est ça l’art de la paix, c’est ça l’Aikido. » Il disait aussi : « Si quelqu’un te menace en bandant son arc, fais de ton cœur ton bouclier, et les flèches perçant l’air en vain, fussent-elles un millier, ne seront jamais teintées de ton sang. » Ceci a l’air vraiment très abstrait et très philosophique, mais tout est dans la compréhension de l’approche de l’Aikido. L’Aikido, de par sa nature de non-violence, de non-combativité et de non-compétitivité, est plus facile à promouvoir dans certains milieux que dans d’autres. L’Aikido met l’emphase sur le perfectionnement du caractère de l’adepte, mais plus encore sur la résolution pacifique de conflits. Le but de non-violence est le même en Karate Shotokan et en Aikido mais l’approche est très différente. Dans de très nombreuses occasions quand je présente des exhibitions d’Aikido, les spectateurs ne comprennent pas trop les démonstrations, parce qu’ils s’attendent toujours à voir des attaques suivies de blocages, ensuite de ripostes et de contre-attaques, etc. Il est difficile de faire comprendre par une simple démonstration l’essence de cet art de paix parce que l’Aikido est un art exclusivement de défense et que la personne qui prend l’initiative d’agresser se retrouve automatiquement neutralisée et voit sa tentative d’agression instantanément anéantie. Donc pour répondre à ta question sur la promotion de l’Aikido, il va nous falloir faire passer cette promotion d’abord par une sensibilisation sur la vraie nature de l’Aikido. LN : Quelle sera la prochaine activité de Dojodai ? SIA : Chaque année, pendant 2 jours, les 1er et 2 novembre, au gymnasium Vincent, Dojodai organise un championnat de Karate Shotokan appelé « Shotokan Masters » qui a une envergure nationale. Les pratiquants viennent littéralement des 4 coins du pays pour y participer. C’est l’activité de Karate phare de l’Association. Ce championnat, toujours très attendu, est maintenant bien connu de toute la communauté Shotokan du pays. Nous serons cette année à notre 6e édition. LN : Un dernier mot ? SIA : Merci au Nouvelliste pour cette interview et j’invite les lecteurs à suivre les activités de Dojodai et de l’Haïti Aikikai de plus près sur nos réseaux sociaux : www.Facebook.com/dojodai - www.Facebook.com/haitiaikikai - Youtube.com/dojodaiht