La Police nationale d’Haïti, la Minustah et toutes les instances impliquées dans la sécurité dans le pays sont prises entre deux feux, ces derniers temps.
D’un côté, les statistiques officielles disent que le nombre de morts violentes a baissé d’une année à l’autre pour les mêmes mois en Haïti, de l’autre, le ressenti de la population de la région métropolitaine laisse croire le contraire à chaque fois que l’on apprend de nouvelles morts par balle.
Si certains mettent en question les statistiques officielles qui depuis trois ans ne recensent plus, dit-on, que les « morts connus » et passent à la trappe les « sans nom » que seuls les parents proches pleurent, il est évident qu’il y a une vraie préoccupation sécuritaire dans la région métropolitaine.
Pour calmer la tension, la police et le ministère de la Justice promettent une action contre les motocyclettes. Ce n’est pas la première fois que, comme un joker, la culpabilité des motos sort de la manche des autorités.
Dans les fouilles policières, motos et motards sont particulièrement visés et des annonces prédisent un changement dans la réglementation du principal mode de transport du pays.
Des esprits simplistes parlent d’interdire, purement et simplement, le transport à moto. L’importation et la vente des deux-roues motorisées seraient même dans le collimateur des autorités.
S’il y a de vrais problèmes que soulève l’explosion du nombre de motocyclettes dans le pays, on ne peut pas les indexer comme principal moteur de la violence.
Il a fallu attendre ce lundi pour qu’enfin, on parle des armes à feu. La police va réglementer leur importation, leur circulation ainsi que celle des munitions. Viser les armes nous approche de la vraie menace. Les motos ne sont qu’un moyen de transport comme un autre pour un criminel.
Ce dont on parle moins, ce sont les auteurs de ces crimes eux-mêmes. La police ne dit rien des dispositions qui seront prises pour des enquêtes plus abouties. Pas grand changement non plus depuis des décennies sur le dispositif sécuritaire dans la région métropolitaine.
Les mêmes schémas sont encore appliqués depuis des lustres. Pétion-Ville a changé de statut depuis le séisme de 2010, qu’est-ce qui a changé dans le déploiement de la PNH dans cette ville ? Quels sont les plans pour Delmas ou le centre-ville ? On peut poser cette question pour chaque ville ou agglomération du pays. La PNH réagit plus qu’elle n’agit et les treize ans de présence de la Minustah sur le terrain n’ont pas changé grand-chose dans le savoir-faire policier du pays.
Le reste de la société n’est pas non plus demandeur de plus d’efficacité. Regardez ce qui se passe avec les banques. L’Association professionnelle des banques (APB) comme les clients jouent à l’autruche.
Haïti, pays du Bon Dieu Bon, n’a jamais autant mérité son surnom depuis que pour les affaires de sécurité on dépense de plus en plus d’argent chaque année, dans le privé comme dans le secteur public, pour s’acheter une quiétude d’esprit.
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