Deux jours avant le début du tournoi international de basketball à Burnaby, les joueurs de l'équipe de basketball Produits Bongu ont reçu une fin de non-recevoir de la part de Citoyenneté et Immigration Canada à leurs demandes de visa. Les conditions extrêmes de pauvreté du pays sont donc l'une des raisons évoquées par les services d'immigration canadiens pour établir ce refus définitif.
Mardi 9 août, Sebastian Pétion, l'entraîneur de l'équipe, informe le journal, via un message électronique très laconique, que le visa pour se rendre au Canada lui a été refusé ainsi qu'à son équipe. Jusqu'au dernier moment, ce dernier y croyait et pensait que Citoyenneté et Immigration Canada, qui a mis cinq semaines avant de rendre son verdict, allait retourner sur sa décision.
Sebastian Pétion apprend au journal qu'il a reçu en juin dernier un courriel d'un responsable de l'ambassade du Canada à Port-au-Prince qui l'informait que leurs chances pour que leurs demandes de visa soient approuvées étaient minces étant donné les conditions extrêmes de pauvreté de leur pays. Son équipe a été invitée, une semaine après avoir remporté la finale de la 8e édition du championnat de l’ASHBAC (Association haïtienne de basket-ball corporatif) en mai dernier, à disputer le tournoi international de basket-ball pour les joueurs autochtones qui se tient du 10 au 13 août à Burnaby, British Columbia.
Haïti ne disposant pas encore d’une sélection nationale de basket-ball, Dave Wahl, l’organiseur du tournoi, a retenu l’équipe championne de la plus importante et plus ancienne compétition de basket-ball au niveau corporatif. C’est donc auréolé de son titre de champion, récemment acquis aux dépens de l’équipe de Diri Mega, que Sébastien Pétion, désigné meilleur coach de la saison régulière du championnat, s’est présenté au service de l’immigration de l’ambassade du Canada à Port-au-Prince.
Muni de la lettre d’invitation, délivrée par l’organisateur du tournoi et qui date du 27 mai 2016, Sébastien Pierre, lors d'un premier entretien téléphonique accordé au journal lundi 18 juillet, a confirmé qu’il s’est entretenu pendant 45 minutes environ avec le consul canadien Gary Hawkes. Ce dernier a beaucoup insisté, selon Pétion, sur les mauvaises conditions économiques d’Haïti ainsi que la conjoncture politique délétère du pays. Après s’être renseigné s'il y a parmi les joueurs de l’équipe, au nombre de 16, qui ont l’habitude de voyager ou qui sont propriétaires d'une maison, Gary Hawkes a décidé qu’aucun d’entre eux n’étaient qualifié pour obtenir un visa canadien.
Faute de visa, l’équipe haïtienne « Produits Bongu » ne peut pas malheureusement prendre part au tournoi international de basket-ball pour les joueurs autochtones où 16 équipes en provenance de l'Ouest canadien, des États-Unis, de l’Afrique et des Caraïbes sont en lice depuis le 10 août dernier.
Dave Wahl, également entraîneur de l’équipe masculine de basket-ball amateur des Haida Gwaii, a été informé que l'équipe haïtienne n’est pas qualifiée pour obtenir les visas via un courriel reçu le 8 juin dernier. Le courriel, le même visiblement envoyé à Pétion, et signé par Gary Hawkes, le gestionnaire canadien du programme d'immigration en Haïti, expliquait que les visas ne sont pas approuvés à cause des conditions de pauvreté extrême existant en Haïti.
Pour Sébastien Pétion, c’est un coup dur tant ses joueurs se sont entraînés à fonds. Emmanuel Bonnefil, un membre de la fédération haïtienne de basket-ball et organisateur du championnat ASHBAC, a fait part au journal de son incompréhension. Dave Wahl, de son côté, pour avoir passé des mois à amasser de l'argent pour amener l'équipe haïtienne au tournoi, ne sait plus où se donner la tête.
Après le basket-ball, place à la musique
Les athlètes haïtiens ne sont donc pas les seuls à se voir refuser l’accès au territoire canadien. Dans un courriel adressé à la rédaction le 13 juillet, Patrick Amazan, manager du groupe Zatrap, déconcerté, a annoncé à la rédaction qu’il avait entrepris des démarches pour une performance de son groupe au Canada et, à son grand étonnement, une personne de l’ambassade l’a contacté pour lui remettre les passeports avec un refus individuel pour des motifs individuels (voyages antérieurs, absence de biens matériels, liens familiaux).
« Je ne sais vraiment pas comment annoncer cette nouvelle aux membres de Zatrap », a déclaré le manager, la mort dans l'âme, qui dit avoir l'impression que le dossier n'a pas été traité en tenant compte qu'il s’agissait d’un groupe. « J'ai concentré tous mes efforts pour préparer le dossier, j'y travaille depuis janvier, sans compter l'argent dépensé […] J'ai rempli toutes les formalités, le promoteur a soumis tous les documents requis (lettre d'invitation, certificat d'hébergement, lettre de soutien de Fokal) », a confié Patrick Amazan, amer, au journal.
Comme Pétion, Patrick Amazan n'a pas baissé pas les bras et a entrepris des démarches auprès des medias pour voir dans quelles mesures le consulat pourrait reconsidérer le dossier de son groupe. « Le consulat n’a signalé aucune anomalie concernant le groupe ou les documents soumis », avance-t-il. Son groupe a fini par rater le festival qui s'est tenu le 22 juillet dernier.
Les demandes de visa sont évaluées au cas par cas
Le Nouvelliste a sollicité une interview à quelqu'un du service consulaire à propos des deux cas de refus essuyés par les sportifs et les artistes haïtiens qui voulaient se rendre au Canada. Une préposée aux relations médias et qui fait aussi office de porte-parole a répondu qu'il lui est impossible, compte tenu de la législation sur la protection de la vie privée, de fournir le type de détails que le journal demandait au sujet de cas individuels en l’absence d’une autorisation signée des individus concernés.
« Tous les visiteurs au Canada doivent satisfaire aux exigences liées à la résidence temporaire prévues dans la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés. Les demandes de visa sont évaluées au cas par cas en fonction des faits particuliers que présente le demandeur. Il incombe au demandeur de démontrer qu’il satisfait aux exigences pour obtenir un visa de résident temporaire. Les décisions sont prises par des agents des visas hautement qualifiés et elles sont conformes aux lois canadiennes en matière d’immigration. Les demandes du monde entier sont examinées de façon uniforme et en fonction des mêmes critères. Les agents des visas examinent de nombreux facteurs pour déterminer si le demandeur est un résident temporaire authentique », a-t-elle ensuite précisé dans un deuxième courriel pour répondre à la question concernant les critères officiels pour l'octroi d'un visa en général et pour un groupe musical ou sportif en particulier.
Pour Wahl, le refus de Hawkes constitue un revers pour le tournoi et pour les joueurs haïtiens. Surtout que ces derniers n’avaient nullement besoin de fonds pour voyager puisque l’hébergement, les frais de nourriture et de transport sur place ne sont pas à la charge de l’équipe haïtienne. En plus, signale Pétion, les produits Bongu, l’une des plus grosses entreprises commerciales du pays, a déjà acheté les billets d’avion.
Dépité, Pétion déplore plusieurs milliers de dollars dépensés en vain par son équipe. L’entraîneur haïtien a qualifié le courriel de l'agent du service des visas canadien comme étant «cruel». Selon lui, c’est une façon de minimiser le pays car notre équipe remplit toutes les conditions requises.
Sébastien Pétion continue de rejeter d’un revers de main le message du fonctionnaire canadien qui suggère que les joueurs risquent d'essayer de fuir leur pays appauvri. «Notre équipe évolue ensemble depuis cinq ans. Nous sommes reliés à Haïti », assure-t-il soulignant que son équipe de basket a fourni un débouché aux joueurs dans un pays qui a été dévasté par un tremblement de terre en 2010.
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