A partir de septembre 2016, l’Etat haïtien, tel que nous le connaissons, entrera en phase de dysfonctionnement grave. Peu s’en rendent compte pour le moment, chacun fait passer le temps, mais le tic-tac est déjà lancé. Quand le Parlement, particulièrement la Chambre des députés, rentrera en vacances le deuxième lundi de septembre, personne ne sait vers quoi nous nous acheminerons si les élections de 2016 ne se tiennent pas. Pendant les vacances constitutionnelles des députés, le Sénat restera en poste, mais le deuxième lundi de janvier 2017, dix sénateurs arriveront au terme de leur mandat. Avec 12 sénateurs, il sera impossible de tenir la séance en Assemblée nationale pour ouvrir l’année parlementaire. Les députés resteront en vacances. Si, par acrobatie, les députés prennent siège, le Sénat sera de toute façon inopérant car il est impossible de tenir séance avec 12 sénateurs comme on l’a déjà vu avec les dix sénateurs de la dernière année de Michel Martelly. Sans un Sénat actif, la chambre des députés ne sert à rien. Un Parlement inopérant rendra aussi la Cour de cassation inopérante. Déjà la cour est édentée. Des juges ne peuvent pas être remplacés et ils ne le seront pas avec un Parlement boiteux, éclopé, démantibulé. Il est donc primordial, si on ne veut pas que le Parlement disparaisse, si l’on souhaite que le système judiciaire garde sa colonne vertébrale et les institutions leurs fonctions, que les élections se tiennent. Des élections acceptables et crédibles. A l’inverse, si on veut effacer le tableau et tenter de lancer une machine neuve, c’est le moment idéal pour le faire. Dans les conditions actuelles, peu de gens pleureront sur le sort de la 50e législature, même si nous sommes convaincus qu’une mauvaise législature vaut bien mieux que pas de Parlement du tout. Si vous en doutez, revisitez les derniers mois de l’administration Martelly-Paul. Aujourd’hui que députés et sénateurs tergiversent sur le sort de la présidence, maintien ou remplacement de Jocelerme Privert, aujourd’hui que la communauté internationale fait le dos rond en ce qui concerne son soutien au processus électoral, aujourd’hui que la société civile haïtienne hésite à faire siens le processus électoral et l’exigence de la poursuite du processus de démocratisation du pays, toutes les options sont sur la table. Scénario catastrophe, table rase parfaite ou consensus minimum en faveur de la démocratie, nous avons le choix. Chaque acteur clé a le choix. Qui fera le meilleur choix pour Haïti ? Personne ne veut dévoiler ses cartes ni même chercher à convaincre de sa bonne foi. Peut-être ceux qui sont aux commandes ne mesurent pas encore les conséquences d’un nouvel effondrement de l’Etat comme ce fut le cas avec le Coup d’Etat de 1991 et plus près de nous en 2004 mais, encore une fois, ce serait catastrophique.