Les problèmes liés à l’énergie sont légion en Haïti. Pourtant, les spécialistes sont d’accord que le potentiel énergétique d’Haïti est énorme et divers. D’un côté, l’économie est asphyxiée en grande partie par manque d’énergie consommable, d’un autre, le gaspillage fait perdre beaucoup d’argent qui pourrait être alloué différemment. Pendant que les pays de la région Amérique latine et Caraïbe emploient jusqu’à 50 personnes pour produire un mégawatt d’électricité, Haïti emploie 90 pour la même puissance. En même temps l’utilisation à outrance de la biomasse pour la cuisson donne des sueurs froides. Les spécialistes sont convaincus que les moyens existent, il faut maintenant passer de la parole aux actes.
Comme pour montrer qu’Haïti et la République dominicaine peuvent coexister harmonieusement, le directeur exécutif du Conseil économique binational Quisqueya, Paolo Chilosi, fait remarquer que l’exploitation des énergies renouvelables est une bonne option, mais attire l'attention sur la gestion de l’intermittence dans le domaine hydrosolaire. Aussi a-t-il proposé de construire deux bassins de rétention d’eau, l’un en Haïti et l’autre en République dominicaine. L’un en haut, l’autre en contre-bas.
Une fois que le soleil brille ou qu’il vante, l’électricité produite sert à pomper l’eau vers le bassin du haut et pendant les heures non-ensoleillées et sans vent, on fait vider progressivement le bassin qui, à son tour, fait tourner des turbines pour produire de l’électricité. C’est une manière originale de stocker l’électricité et gérer l’intermittence notamment de l’éolien et du solaire. En réalité, ce modèle existe déjà dans l’île volcanique espagnole Del Hierro, dans les Canaries. La matérialisation d’un tel projet pourrait permettre de s’affranchir d’une grande partie de la consommation des énergies fossiles.
Intervenant le jeudi 21 juillet, à la Primature, dans des « discussions de validation des premières mesures élaborées » dans le cadre d’un dialogue citoyen sur l’énergie initié par le Conseil de développement économique et social (CDES) et l’Observatoire de l’Énergie d’Haïti (OBSERVEH), les spécialistes et acteurs du secteur peaufinent un document à présenter aux décideurs politiques.
De son côté, le nouveau directeur du Bureau des mines et de l’Énergie (BME), l’ingénieur-géologue Claude Prépetit, estime que le gisement de lignite identifé à Maïssade pourrait permettre d’alimenter une usine de production d’électricité de 50 mégawatts pendant 20 ans. Avec moins de 12 forages pétroliers, les études ne sont pas suffisamment poussées en Haïti pour affirmer avec certitude que le pays dispose de la manne pétrolière. « Faute d’étude sérieuse, tout ce qu’on dit sur le pétrole en Haïti relève d’hypothèses », a-t-il martelé.
Quant à Marc Raynal, conseiller technique au comité interministériel de l’aménagement du territoire (CIAT), il pense que le pays doit avoir un atlas de ses potentialités énergétiques. C’est extrêmement important d’avoir des données de ce genre pour permettre de prendre les bonnes décisions dans le domaine énergétique et négocier suivant les intérêts du pays avec n’importe quel interlocuteur. « Pour bien négocier, dit-il, il faut avoir une bonne connaissance de son patrimoine, d’où la nécessité de disposer de cartes spécialisées aussi bien pour les ressources du sol que celles du sous-sol. »
« En Haïti, les institutions sont régaliennes. L’Etat est perçu comme gestionnaire de tout. Ce qui est différent en Amérique du Nord, particulièrement aux États-Unis d’Amérique où la gestion de beaucoup de services est souvent confiée à des institutions indépendantes », a nuancé William Savary, directeur exécutif de la Société haïtienne de valeurs mobilières (SHVM). Selon lui, il faut aborder la question avec précaution. Souvent les données sont domiciliées dans des institutions spécialisées qui ne battent pas la grosse caisse.
Devant l’ardeur de quelques intervenants qui croient que faire brûler des matières de toutes sortes peuvent générer de l’énergie, le président de l’Observatoire de l’Énergie d’Haïti (OBSERVEH), Dr Marc Antoine Archer, met une sourdine : « Toute ressource n’est pas forcément bonne à utiliser, à exploiter. » Parfois, soutient-il, les effets sur l’environnement peuvent être catastrophiques ou irréversibles.
L’agronome Joël Ducasse, directeur exécutif de la Fondation Solidarité, définit la biomasse comme l’énergie mise à notre disposition par la nature. Il a longuement plaidé en faveur d’une utilisation rationnelle et moderne de la biomasse actuellement mal exploitée ou tout simplement gaspillée en Haïti. Il croit résolument qu’il faut changer de méthodes afin de réduire la consommation de bois et le gaspillage en Haïti.
À l’idee dès qu’il y a du vent, on peut installer des éoliennes, Dr René Jean Jumeau, directeur de l’Institut haïtien de l’Énergie, ex-ministre délégué chargé de la Sécurité énergétique, invite à la prudence. « Il faut chercher une manière de transformer les détenteurs de prises clandestines, de vols d’électricité en clients légaux », a lancé René Jean Jumeau non sans proposer la production de bois synthétique provenant des déchets agricoles.
En ce qui concerne les subventions dans le domaine de l’électricité, Kénol Thyss, spécialiste en Énergie de la Banque interaméricaine développement (BID), prévoit qu’elles vont connaître une diminution. Il croit que les dirigeants doivent trouver une solution au caractère aléatoire de l’électricité qui est indispensable pour les besoins de l’homme moderne. Kénol Thyss indique que l’EDH doit faire le grand saut pour sortir du niveau des 90 employés qui produisent un mégawatt d’électricité, alors que la moyenne de la région Amérique latine et Caraïbe tourne entre 40-50 employés pour fournir la même puissance.
Les acteurs dans le secteur de l’Énergie se lancent dans des discussions pour dégager les moyens pour développer les potentiels énergétiques d’Haïti, assurer le financement dans le secteur et diminuer la subvention de l’État haïtien à l’achat de l’énergie.
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