La rentrée des classes est prévue officiellement le 5 septembre prochain. En attendant, les écoliers profitent de leurs vacances d’été. De leur côté, plusieurs milliers de jeunes bacheliers – ne pouvant se payer le luxe d’un centre universitaire privé – se préparent à s’inscrire à l’une des douze entités de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH). Ils mettent le cap sur l’avenir. Un avenir écrit parfois en pointillé.
Alors que le Conseil exécutif de l’UEH vient de lancer les inscriptions aux concours d’admission pour la nouvelle année académique, rien ne garantit un climat tout à fait serein. Rarement une année se passe sans que l’UEH soit bouleversée par une quelconque crise. 2016 n’est pas l’exception.
Depuis le 5 février, les locaux du rectorat de l’UEH sont occupés par un groupe d’étudiants. Bientôt six mois que le personnel du rectorat a été contraint de vider les lieux. Certains y ont même laissé leurs effets personnels, dont des véhicules, et ne peuvent toujours pas les récupérer.
Bientôt six mois, les responsables n’arrivent toujours pas ou ne veulent pas déloger les occupants du rectorat. Malgré des décisions judiciaires, la police semble jouer la carte de la prudence. Comment comprendre ce refus d’agir ? Qu’est-ce qui explique ce laxisme des autorités qui refusent d’assumer leurs responsabilités ? La situation serait-elle pareille si le personnel de l’UEH n’avait pas perçu ses appointements à cause de ce mouvement ?
Depuis le 17 mai, le professeur Fritz Deshommes a été élu recteur de l’Université d’Etat d’Haïti. Plus de deux mois après, le recteur sortant, le professeur Jean Vernet Henry, continue de liquider les affaires courantes. Le nouveau recteur a encore du mal à prendre ses fonctions, ce à cause évidemment de l’occupation du rectorat. A cause de ce groupe d’étudiants, qui appuyaient hier le professeur Deshommes avant de changer de camp aujourd’hui. Pour une bonne cause ? On ne sait pas. D’ailleurs, qui connaît la principale motivation de ce groupe d’étudiants, appuyé par une poignée de professeurs ?
Comme l’ont souligné beaucoup de professeurs de l’UEH, notamment de la Faculté des sciences humaines, qui n’appuient pas ce mouvement, « le bien-fondé ou la pertinence des revendications des uns et des autres ne peut, en aucune manière, justifier la prise en otage de l'ensemble de la communauté universitaire, ni contrevenir à la mission de service public de l'UEH ».
Les cours ont certes repris dans certaines entités (la Faculté des sciences humaines, l’INAGHEI, l’IERAH-ISERSS ou encore l’Ethnologie) après plusieurs semaines de perturbation, mais tout peut encore arriver avec un rectorat occupé.
En 2016, l’UEH se cherche encore. On parle d’une institution qui a formé gratuitement plusieurs milliers de cadres dans le pays. Le plus grand centre universitaire public du pays n’a jamais été traité comme il se doit. Les raisons sont multiples. Faible budget, maigres ressources, responsables peu éclairés, manque de leadership… les causes sont structurelles. Les problèmes ne vont pas être résolus par une baguette magique. Non plus en restant les bras croisés, espérant que les solutions tomberont du ciel.
Dans quel pays accepterait-on que le rectorat de la principale université reste fermé pendant des mois?
Ce lundi, les portes du rectorat étaient entrouvertes, le temps pour ceux qui occupent les lieux de donner une conférence de presse. Leur revendication du jour vise à empêcher la tenue des concours d’admission dans les facultés. La boucle serait bouclée pour tuer l’avenir.
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