Les bonnes nouvelles se font de plus en plus rares pour le pays, surtout sur le plan économique. Le taux de change, qui a connu un moment de répit depuis l’installation du gouvernement provisoire, a repris sa marche ascensionnelle au détriment de la gourde en s’affichant aujourd’hui à environ 65 gourdes pour un dollar. À côté de cela, il faut encore parler des problèmes récurrents liés au chômage chronique depuis des décennies, de l’accalmie dans le domaine de l’investissement, la baisse drastique de la production agricole et industrielle locale. Mais tout ceci n’est encore que miel comparé au grand danger qui plane sur le pays par rapport aux risques de sanctions internationales qu’encourt Haïti, si les institutions financières locales ne se mettent pas au diapason de la grande lutte mondiale contre le blanchiment et contre le financement du terrorisme. En début de semaine, le P.D.G. de la Unibank a clairement tiré la sonnette d’alarme et souligner à l’encre forte les conséquences désastreuses que cela pourrait causer au pays si les banques locales arrivent à perdre leurs correspondantes aux États-Unis, au Canada et en Europe. La situation sur le plan sécuritaire dans le monde, telle qu’elle est aujourd’hui, pousse les financiers à devenir très prudents. Les institutions financières font de leur mieux pour établir la traçabilité des fonds qui leur sont confiés ou qui transitent via leurs vastes réseaux internationaux. Les États-Unis livrent une lutte sans merci contre l’argent sale. Washington et ses alliés ont considérablement affaibli les paradis fiscaux à l’échelle de la planète. Pour un pays comme Haïti, qui dépend en grande partie des transferts de la diaspora, l’enjeu est de taille. Le P.D.G. de la Unibank n’y est pas allé avec le dos de la cuiller. Il associe la question sans fard à la survie nationale. Encore une fois, les yeux seront rivés sur les décideurs politiques qui peinent toujours à innover ou à anticiper les crises de toutes sortes. Le pays est surexposé aux crises. Les parlementaires seront au premier rang dans cette course contre la montre. On se souvient encore de l’attente de la communauté internationale jusqu’au vote de la loi sanctionnant le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, en novembre 2013. L’arsenal juridique est apparemment peu achalandé dans ce domaine où le Groupe d’action financière (GAFI) exige de plus en plus de rigueur. Qu’arrivera-t-il si les transferts des Haïtiens de l’extérieur ne peuvent plus atteindre ceux de l’alma mater ? Quelles seront les conséquences immédiates sur l’économie si ces deux milliards de dollars environ parviennent à manquer ? Inutile de se perdre en conjectures, ce serait encore un autre 12 janvier. Tout ralentissement des flux de transferts vers Haïti va accélérer la dégringolade de la gourde et entrainer des consequences facheuses que l'on connait. Le pays est déjà en proie à l’insécurité chronique, l’aide internationale se raréfie, quand la sécheresse ne détruit pas la production agricole, les inondations portent l’estocade. L’urgence actuelle des grandes questions nationales devraient interpeller les élites afin de dégager les voies et moyens. Mais nous sommes en pleine hibernation. La situation est d’autant plus sombre que, de nos jours, les avancées des autorités haïtiennes dans le domaine de la lutte contre le blanchiment ne sont pas tellement convaincantes. Qui pis est, avec un pouvoir judiciaire qui se cherche et un pouvoir législatif qui est en train de passer totalement à côté de sa mission, il y a de quoi s’inquiéter. Le scenario que nous présente actuellement la 50e législature n’est pas de nature à rassurer le secteur bancaire et l’économie haïtienne en général. Il faut croire qu’il y a vraiment danger dans la demeure.