Dans une lettre responsive adressée au président du Sénat Ronald Larêche, le secrétariat du 56e président de la République, Michel Martelly, écrit que « les règles dictées par la Constitution ne confèrent au président de la République aucune attribution de gestion des fonds de l’État ». Le président du Sénat et le président de la commission Éthique et Anticorruption du grand Corps avaient-ils besoin de ce rappel ? Sans doute que oui puisqu’ils se sont adressés à l’ancien président sur une affaire pour le moins imprécise dans le cadre de l’enquête sur les fonds PetroCaribe. Autant que l’on a pu comprendre les motivations de la lettre du Sénat, en République dominicaine, le sénateur Latortue aurait reçu une liste qui contient des noms de personnalités qui auraient reçu de l’argent d’un entrepreneur dominicain. Dans le cas du président Martelly, le don se serait produit pendant la campagne électorale de 2010-2011, avant qu’il ne devienne président de la République. Cette affaire que l’on ressort ces jours-ci avait déjà fait la une de l’actualité pendant des mois. N’étant pas formé à suivre les méandres de la justice dominicaine, de ce côté de la frontière, on n’a retenu que le non-lieu prononcé en faveur de Felix Bautista, réélu depuis sénateur dans son pays. Pour ressusciter l’affaire, on s’attendait à ce que le sénateur appelle devant la commission la journaliste dominicaine qui en procède les clés. Il ne l’a pas encore fait. De fait, on ne sait pas qui accuse qui dans cette saga. Le sénateur Latortue, dans sa candide recherche de la vérité, a reçu les firmes Hadom et Rofi qui n’ont pas reconnu de versement de pot-de-vin à qui que ce soit devant la commission. Hadom et Rofi sont propriétés du sénateur Felix Bautista, faut-il le rappeler. Alors, que vient chercher le président du Sénat dans cette affaire ? Qui peut croire qu’un des bénéficiaires, en l'absence d’accusations précises, va se présenter et se dénoncer ? Ceux qui suivent les juteuses mais toujours décevantes péripéties de la commission Éthique et Anticorruption et les annonces tout aussi appétissantes, mais souvent sans fondement du sénateur Latortue, se demandent où va nous mener cette nouvelle variante de l’enquête sur les fonds PetroCaribe ? Comment ne pas sourire quand, dans la lettre du secrétariat du président Martelly, on peut lire cette recommandation : «L’intérêt public commande que les travaux de la commission sénatoriale d’enquête planent au-dessus des mobiles partisans…» On se rappelle alors que Youri Latortue et Michel Martelly sont ces alliés politiques qui ont conduit main dans la main la dernière campagne électorale de 2015. Alors, on se dit que tout cela n’est peut-être qu’un scénario et qu’encore une fois, le cinéma est mieux… au cinéma.