Sur la barrière crème, à l’entrée, au # 3, rue Barbancourt, le logo de JL Fines Shoes S.A. et un credo : « L’élégance et le confort à vos pieds.» Tout est dit. La barre, avec ces mots, est mise très haut par des investisseurs haïtiens. Ils prennent le pari de relancer la cordonnerie haïtienne, ici où les chaussures usagées « pèpè » en provenance de l’étranger inondent le marché. La porte de l’usine, une fois poussée, montre les moyens mis au service d’une ambition. Quelque 160 employés, des jeunes, procèdent à la fabrication de chaussures de manière industrielle. La chaîne de production, de la coupe à la couture, en passant par l’assemblage, tourne à fond. Les ouvriers ont quelque chose en commun. Ils sont pour l'écrasante majorité des habitants de Cité Soleil, recrutés sur concours, formés en cordonnerie artisanale puis à l’utilisation des machines hi tec dans cette filière par trois experts taïwanais. « Le travail a changé ma vie », raconte St-Fleur Shanara, 24 ans, mère d’un enfant de 4 ans. Elle forme des projets d’avenir avec moins d’incertitude qu’avant.
Comme elle, la vie de L’or Robinson ne s’écrit plus en pointillé. « C’est mon premier emploi formel. L’avoir m’assure bien plus qu’un revenu », soutient le jeune homme. Pour L’or Robinson, traîner dans les rues de Cité Soleil à l’instar de beaucoup de jeunes sans emploi pourrait être synonyme de mort tué par une balle perdue ou séjourner en prison lors de rafles de la police. « Les employés gagnent 400 gourdes par jour. Plus que le salaire minimum et ils possèdent 30 % des actions de l’entreprise », affirme Jean Lucien Ligondé, P.D.G. de l’entreprise, nostalgique du temps où les Haïtiens chaussaient des Bata, des souliers Vitiello, des bottes Welko, fabriqués en Haïti. En chiffres, le pari de relancer la cordonnerie se décline. 7, 5 millions de dollars ont été investis en équipements, dans la formation du personnel et dans la mobilisation de matières premières garantissant une production de six mois, explique Jean Lucien Ligondé, certain d’écouler au plus vite les 150 000 paires de chaussures en stock, surtout avec la rentrée des classes. Il vise des parts de marché importantes. Sa production annuelle de 400 000 paires devrait augmenter, passer à 1 million l’année prochaine. D’autant qu’il estime à 21 millions de paires de chaussures les besoins du marché.
Pour accroître ses opérations, l’entreprise mise sur l’adoption de mesures tarifaires favorables à la production locale et l’interdiction sinon totale mais graduelle de l’importation des chaussures usagées. L’un des atouts que Jean Lucien Ligondé croit avoir, outre la qualité, c’est le prix de ses produits. « La qualité de nos produits est assurée. La technologie moderne est au rendez-vous et nous sommes compétitifs en termes de prix par rapport à des chaussures pèpè qui coûtent entre 750 et 1 250 gourdes. Nous vendons en gros à 750 gourdes. L’acheteur final paiera 1000 », selon le P.D.G. de JL Fine Shoes S.A. qui cherche un partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale pour fournir des chaussures aux élèves. L’ex-président Michel Martelly avait supporté cette initiative pour renforcer la production nationale. Le président Privert comprend aussi cela, gage l’homme d’affaires, estimant qu’un tissu industriel fort génère des emplois, des revenus, des taxes, de la croissance pour l’économie. C’est l’un des sens de ce pari, renforce Jean Lucien Ligondé, sous les yeux de Jimmy Albert, ex-ministre des Sports, président du conseil d’administration de JL Fine Shoes S.A., l’une des têtes pensantes du Centre haïtien en aménagement et développement, incubateur où a germé le projet de la relance de la cordonnerie haïtienne.
« JL fine shoes S.A., selon Jimmy Albert, est un pilier qui repose sur deux socles. L’audace d’un visionnaire et la foi dans l’avenir d’Haïti. Nous croyons aujourd’hui, qu'il faut l’action de gens audacieux, capables de redonner de l’espoir à des jeunes désespérés qui perdent confiance en l’avenir du pays.» « Dans ce climat de désespoir, JL Fine Shoes S.A. dit qu’il y a des Haïtiens qui sont prêts à prendre le pari de l’espoir en misant sur les jeunes, le meilleur levier pour bâtir l’avenir. » Sous les yeux de l’Italien Nicholas Daurizio, plus de treize ans dans la filière, un peu designer, un peu superviseur et en charge du contrôle de la qualité des produits fabriqués, Stéphanie M. Berret, responsable du showroom, au 87 de la rue Grégoire, Pétion-Ville, complexe Esperanza, insiste sur la disponibilité de modèles. Il y a huit modèles de chaussures pour enfants et 10 pour adultes des deux sexes, explique Stéphanie M. Berret, qui évoque l’esprit de JL Fine Shoes. Le traitement égal et personnalisé pour chaque client, souligne-t-elle, impliquée dans l’effort pour relancer la cordonnerie haïtienne, pour peut-être revenir au temps où « marcher sur son Vitiello », fabriquant de chaussures, passait dans le discours populaire…
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