Avoir les orteilles en compote, les mollets endoloris, traîner des vêtements mouillés sur la piste de danse et l’envie d’avaler jusqu’à la dernière note, les étoiles du petit matin dans les yeux. C’est ça l’effet Klass. La douce torture, la bande à Richie, Pipo, Pozo détient le secret. Au Kinam 2, à Pétion-Ville, leur intro ne laisse aucune place au doute. Klass puise dans son répertoire, ouvre son coffre-fort et sort « Lajan Sere ». L’amour pour une femme est richesse, accomplissement de soi, visa pour le bonheur. « Cheri ou se tout sa m ta chache, yon lajan sere…Priye m ekzose. » Construite sur la piscine, la piste, envahie, ne désemplie. A côté des tables, sur le balcon surplombant la grande cour de l’hôtel, dans l’aile VIP, « deux carreaux » suffisent pour que des corps s’entrelacent, se frottent, se donnent au rythme de cette chanson, l’un des tubes gravé sur l’album « Fè l ak tout Kè w ». La sonorisation a fait ses classes à l’école des ratés techniques du début de la soirée, en Zin. Le solo du trompettiste de Klass montre qu’il a de l’expérience, de la classe comme musicien. Peut-être pas ailleurs, mais ici, parce qu’il n’y a pas d’école de musique financée avec l’argent du Trésor public, parce que les musiciens, les vendeurs de rêves, vivent un cauchemar, les poches vides, oubliés de tous au soir de leur vie, une chanson de plus raconte cette angoisse. Reconnaissance du statut professionnel du musicien, versement des royalties… L’éternel combat. C’est du compas lourd. Du vent, de la percussion, des cordes, comme les amoureux des frères Déjean, de Système Band en raffolent. Klass a une multiplicité rythmique, une diversité, témoignage d’un éclectisme tout en restant dans les frontière du compas direct. « Pa jwe mizik sa » est dans l’air. Des cris. Des yeux fermés. Flashback. Cette musique, souvenir d’une personne aimée emportée par le tremblement de terre, est l’histoire de beaucoup d’entre nous. Le souvenir douloureux de cette perte qui hante, le choix finalement de jouer cette musique est un petit pied de nez à Goudougoudou qui ne peut tuer l’immortel : les souvenirs des jours heureux entre amoureux. Ce hit du premier album souligne que les paroliers de Klass sont à l’écoute. Pour raconter, avec ce supplément d’âme, nos drames, nos bonheurs aussi. « I’m sorry », chanson en vogue cet été 2016, joue sur une corde sensible. Le jeunot de 18 ans, absent aux côtés de sa petite amie qui se fait avorter, qui affronte le danger, la mort, reconnaît son ignorance, demande pardon, longtemps après, pour soulager sa conscience d’un fardeau. La jeune fille devenue femme se reconnaîtra. La chanson, dans l’air du temps, est pourtant une histoire de presque tous les temps. L’histoire qui, au fond, sensibilise sur la sexualité responsable, les dangers d’une grosse précoce chez les adolescents. Klass, « yes it is »!. Le groupe touche les cimes…Des corps, épuisés, torturés de bonheur savourent ce moment jusqu’à la fin…